16 jours de randonnée itinérante sur le sentier des Douaniers (GR34) : 330 km sur les côtes du Goëlo, de Granit rose et du Trégor, de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) à Morlaix (Finistère). [Mars 2021]
Mes coups de cœur
- Falaises de Plouha
- Pointe de Minard
- Pointe du Château, le Gouffre et Pors Scaff (Plougrescant)
- Île Millau et pointe de Bihit (Trébeurden)
- Estuaire du Léguer
- Falaises de Trédrez-Locquémeau
- Saint-Michel-en-Grève
- Beg ar Fry et Beg Gracia (Saint-Jean-du-Doigt)
- Pointes de Primel et du Diben (Plougasnou)
En pratique
- Aucun ravitaillement entre : Saint-Quay-Portrieux et Paimpol, Perros-Guirec et Trébeurden, Lannion et Locquirec, Plougasnou et Morlaix.
- Deux sections au relief abrupt : falaises de Plouha (étapes 2 et 3), falaises de Saint-Jean-du-Doigt (étape 14). En comparaison, le reste du sentier est peu dénivelé.
- Qualité du terrain variable : bitume, piste, terre, boue, herbe, planches, troncs d’arbre, sable sec, sable mouillé, vase, rochers, galets, coquilles d’huîtres (!).
- Temps de marche : largement sous-estimés dans le topo-guide de la Fédération Française de Randonnée (FFR) et sur les panneaux. Il n’est pas rare de progresser à une vitesse réelle inférieure à 4km/h (vitesse théorique d’un marcheur moyen sur terrain plat).
- Conseil : préparer la randonnée à l’aide du topo-guide, mais privilégier sur le terrain les cartes IGN Top 25, bien plus utiles et polyvalentes (par exemple lorsqu’on souhaite prendre une variante).
Le récit complet
Étape 1 – Saint-Brieuc / Binic – 24 km
Deux ans après ma première randonnée itinérante sur le GR34, me voici de retour à Saint-Brieuc ! Mais cette fois-ci, pas en solo : avec Christian, nous nous lançons à deux dans l’aventure. Départ du parvis de la cathédrale aux alentours de 10h30. En quittant la ville, nous longeons le port du Légué et ses charmantes maisons colorées. Quelle joie de voir les voiliers amarrés dans l’estuaire !
Nous atteignons la mer et nous nous heurtons au premier contournement du sentier pour cause d’éboulement (une tempête ayant causé des dégâts sur tout le littoral breton au mois de janvier 2021). Nous décidons donc de couper par la plage, profitant de ce que la mer est à marée basse. Nous suivons les gens du coin qui font de la pêche à pied. Sauf qu’eux ont des bottes… Nous nous retrouvons à patauger dans les ruisseaux laissés par la mer sur le sable. Merci à nos chaussures en Goretex qui nous tiennent au sec !

Nous rebroussons chemin en longeant la falaise jusqu’à la pointe du Roselier. Et là, impossible de franchir la pointe sans se retrouver avec de l’eau jusqu’aux genoux, voire jusqu’à la taille. Pour ne pas faire demi-tour, nous décidons de nous frayer un chemin en escaladant les rochers de la pointe, ce qui se transforme rapidement en numéro d’équilibriste sur des rochers glissants et tranchants… Ah, l’enthousiasme du premier jour de randonnée…
Après un quart d’heure qui semble une éternité, nous voici de l’autre côté de la pointe, récompensés par la plage à perte de vue. Le soulagement est grand : il est bien plus confortable de marcher sur le sable.

Après un revigorant pique-nique sur la plage de Port-Martin, nous longeons la plage des Rosaires puis nous entamons la section la plus difficile de cette première étape : une succession d’ascensions de falaises et de redescentes vers la mer.

Un dénivelé très casse-pattes mais une vue à couper le souffle : au loin, l’étincelant port de Binic, blanc vaisseau flottant sur l’eau, se rapproche de nous à chaque franchissement de falaise.
Nous apprenons à notre arrivée à Binic que les falaises situées entre Saint-Brieuc et Paimpol, les falaises de Plouha, sont les plus hautes falaises de Bretagne. C’est dans ce décor très escarpé que les randonneurs chevronnés viennent marcher l’hiver, à défaut de pouvoir randonner en montagne. Ce qui en dit long sur les deux étapes à venir !

Étape 2 – Binic / Le Palus – 20 km
En ce deuxième jour de marche, beaucoup de déviations, de détours pour cause d’indications et de marquages ambigus, de dénivelé et de fatigue. Mais quels paysages !

Même Saint-Quay-Portrieux, ville balnéaire chic, m’a agréablement surprise avec ses superbes plages et ses belles demeures XIXème, alors que d’ordinaire j’apprécie peu les sections urbanisées du GR34 passant par des stations balnéaires.

En fin d’après-midi, je traverse une période de démotivation et de frustration lorsque nous nous retrouvons confrontés à l’évidence : au vu de l’heure tardive, nous n’atteindrons pas Bréhec, que nous nous sommes fixés comme objectif du jour. En effet, en raison de l’absence de logements aux alentours, nous avons été contraints de prévoir une étape trop longue et mal calibrée. De plus, nous avons quitté Binic un peu tard. Il nous faudrait 3 heures (au bas mot) pour atteindre Bréhec.

Or nous voyons déjà le soleil décliner lorsque nous arrivons à la (très jolie) plage du Palus. À contrecœur, nous appelons donc un taxi pour rejoindre notre logement déjà réservé à Bréhec. Cependant, je ne m’avoue pas vaincue : demain à l’aube, pendant que Christian se reposera à Bréhec, je reprendrai le taxi dans l’autre sens et poursuivrai le sentier depuis le Palus, à l’endroit exact où nous avons été contraints de nous arrêter.

Étape 3 – Le Palus / Paimpol – 30 km
Je suis fière de ce que j’ai accompli aujourd’hui : cumuler la demi-étape que nous n’avons pas pu faire hier et l’étape du jour. J’ai les jambes lasses mais le cœur content ! Tout au long de cette sublime journée, j’en ai vraiment pris plein les yeux !
À commencer par l’un des plus beaux levers de soleil de ma vie : l’aube depuis la pointe du Palus, face à la pointe de Plouha. Un beau moment d’éternité dans la solitude la plus totale.

Aux alentours de neuf heures, j’arrive à la pointe de Plouha, plus haute falaise de Bretagne qui culmine à 104 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur le papier, cela n’a l’air de rien mais dans la réalité, l’escarpement vertical est spectaculaire.

La pointe de Plouha surplombe toute la baie de Saint-Brieuc (en direction de Saint-Malo, on voit jusqu’au Cap Fréhel !) et les falaises de Plouha. L’heure matinale me permet de contempler ce superbe panorama dans le silence : quelle belle région que le Goëlo !
Je poursuis sur le « sentier des falaises », véritable régal pour les randonneurs. Cette portion du GR34, qui couvre toutes les falaises de Plouha, a été rebaptisée sentier Jean Lanno, du nom d’un élu local ayant œuvré à préserver le littoral breton en réhabilitant le sentier des douaniers. Merci monsieur Lanno, les randonneurs du GR34 vous sont redevables. Un grand moment de contemplation !

Puis j’atteins la stèle de la plage Bonaparte, en hommage au réseau d’évasion Shelburn. Par un tunnel, on peut accéder à la plage Bonaparte sur laquelle, en 1944, des résistants bretons ont aidé des aviateurs britanniques et américains à s’évader. Sur le littoral de la Bretagne nord, plusieurs stèles rappellent le rôle des habitants dans les opérations de libération. Si les Alliés ont entrepris de débarquer sur les plages normandes, on comprend qu’ils aient choisi de se cacher sur le littoral breton : des falaises et des criques quasi-inaccessibles !

En poursuivant sur le sentier, le port de Bréhec se détache, de plus en plus nettement, des falaises en arrière-plan. J’atteins Bréhec vers midi et rejoins Christian, qui profite au soleil d’un ciel bleu sans nuage (rare en Bretagne !).

Nous franchissons des zones sauvages et très préservées. Nous marchons sur des plages inaccessibles aux voitures, en raison de l’absence de route bitumée (logique, au vu du dénivelé). Le sentier serpente à travers les falaises. Ça grimpe sec !

À l’heure du pique-nique, nous atteignons la pointe de Minard, l’un de mes coups de cœur de cette section du GR34.

De la pointe de Minard à la pointe du Plouézec, le panorama de rêve est le meilleur ambassadeur de la beauté du Goëlo !

Arrivés au Port Lazo, la mer est suffisamment basse pour que nous puissions couper à travers la baie de Paimpol. Nous traversons un immense parc ostréicole. À marée basse, j’aime regarder s’activer les ouvriers et les tracteurs ; à marée haute, tout est recouvert. Quand la mer se retire, la baie de Paimpol est magique !

Par un sentier forestier, nous arrivons enfin à l’abbaye de Beauport, splendide ruine du XIIe siècle dans un état admirable de conservation. L’abbaye, comme posée sur l’eau, est située à l’entrée de la petite ville de Paimpol.

Étape 4 – Paimpol / Loguivy (+ île de Bréhat) – 23 km
Beau début d’étape sur le port de Paimpol ; c’est jour de marché, le vieux Paimpol est très joli et vivant.
Un peu plus loin sur le sentier, le hameau de Kerroc’h nous charme avec ses vieilles bâtisses en pierre, ses jardins fleuris et son calvaire sculpté du XVIIIe siècle. À marée haute, des dizaines de rochers ornent la baie de Paimpol, magnifique.

Après Porz Even, le décor devient plus bourgeois, léché. À Launay et à l’Arcouest, les luxueuses demeures ayant vue sur mer me lassent vite. J’aime la nature sauvage et indomptable ; j’aime moins les paysages dans lesquels la présence humaine se lit partout.

À la pointe de l’Arcouest, nous attendons la navette pour l’île de Bréhat. Une heure avant le passage de la navette, les commerces sont fermés, la pointe très calme : nous sommes seuls au monde.

En ce mardi du mois de mars, et n’ayant croisé que peu de gens depuis notre départ de Saint-Brieuc, nous pensons (naïvement) que nous allons être les seuls touristes sur l’île, d’autant que les hôtels sont fermés. Que nenni ! Dix minutes avant le départ de la navette, une cargaison de touristes déferle sur l’embarcadère. Bien malgré nous, nous embarquons dans la navette avec 200 autres personnes. C’est le jour et la nuit !

En dépit de la fermeture des boutiques, l’île est pleine à craquer. Par ailleurs, l’absence totale de spontanéité nous déplaît : chaque brin d’herbe est soigneusement tondu par un jardinier, les jardins sont agencés par des paysagistes. Où est la nature dans tout cela ? Les villas immenses, rivalisant de faste, ont leurs volets clos car les propriétaires ne viennent qu’aux beaux jours. Malgré la beauté indéniable des rochers, il n’y a à Bréhat aucune surprise, aucune vie : une résidence secondaire de millionnaires.

Nous nous hâtons de quitter ce parc d’attraction (émanation du tourisme de masse), mais nous devons patienter une demi-heure dans la file d’attente de l’embarcadère, le temps que la navette fasse l’aller-retour pour se vider de ses passagers. Décidément, Bréhat ne fait aucun effort pour nous plaire !
De retour sur la terre ferme, nous retrouvons avec soulagement le calme du sentier. Nous achevons l’étape par une très agréable section forestière avec vue sur d’innombrables îlots. La lumière du couchant rend la baie de Loguivy très vaporeuse, nimbée de mystère. La mer revêt des teintes d’aquarelle (que les photos ne savent pas rendre) : une superposition de bleu-gris, de turquoise et de beige.

Étape 5 – Loguivy / L’Armor – 25 km
Début d’étape au port de pêche de Loguivy-de-la-mer, très mignon et authentique. Au programme aujourd’hui : notre premier estuaire de la quinzaine, à savoir l’estuaire du Trieux. Nous descendons la rive Est de l’estuaire, avant de franchir le Trieux en empruntant un superbe pont suspendu (ouvrage de fer début XXe siècle), puis nous remontons la rive Ouest de l’estuaire, de la belle ville de Lézardrieux jusqu’à L’Armor.
J’avais beaucoup aimé les estuaires de la Côte d’Émeraude ; c’est donc une grande joie de découvrir les estuaires du Goëlo et du Trégor. Le Trieux est à la fois une rivière et un bras de mer qui, lors des marées hautes, remonte extrêmement loin dans les terres (certaines plages du Trieux sont situées à plusieurs kilomètres du littoral !). On nomme un tel estuaire envahi par la mer, ria dans la langue des géographes, aber en Bretagne nord, aven en Bretagne sud.

Lors des marées basses, l’eau du Trieux est aspirée en grands tourbillons, tels le siphon d’un évier : c’est très spectaculaire !

Lors de cette étape, nous traversons aussi quelques hameaux de l’intérieur des terres, tout en pierres du pays breton, typiques de la Bretagne maraîchaire, si attachante. J’apprécie l’ambiance des estuaires bretons, douce et paisible, avec des airs de cottage anglais.

La météo du jour est également bretonne, alternant entre courtes averses et ciels lumineux. Un régal pour les yeux !

Étape 6 – L’Armor / Plouguiel – 23 km
Lors des grandes marées comme celle d’aujourd’hui, le sillon de Talbert, longue langue de sable et de galets, est partiellement submergé. Nous n’avons pas véritablement la possibilité d’admirer cette merveille géologique, dommage.

Aujourd’hui le ciel est bas, lourd et constamment menaçant. La première partie de l’étape se fait dans une atmosphère de fin du monde : quand on voit ce paysage dans cette lumière-là, on se dit vraiment que l’apocalypse est proche ! Nous nous embourbons dans le sable humide de la grève, avec la sensation d’être les derniers survivants d’une guerre nucléaire.

La seconde partie de l’étape, à savoir l’estuaire du Jaudy, n’a pas grand intérêt selon moi. Il s’agit d’une campagne assez pauvre, cela se voit à l’habitat et au peu de bâti en pierre. Toutefois (et cela est suffisamment rare pour être noté), les villes sauvent la mise : les maisons à colombages et la fière cathédrale de Tréguier, ancienne capitale du Trégor, rompent la monotonie des sentiers boueux, et la belle passerelle Saint-François égaye notre arrivée à Plouguiel.

Étape 7 – Plouguiel / Plougrescant (Pors Scaff) – 20 km
Une matinée monotone, suite logique de la section de transition initiée la veille : des sentiers boueux le long d’un estuaire de peu d’attraits, sous des crachins typiques de la Bretagne nord. Nous quittons l’estuaire du Jaudy et atteignons le bourg de Plougrescant par la baie de l’Enfer (le Paradis se trouvant dans l’estuaire du Trieux !), au moment où le soleil fait son apparition ; timide tout d’abord, il finit par faire jeu égal avec les nuages et les rafales de vent, dans le courant de l’après-midi.

Après avoir admiré la chapelle Saint-Gonery (XIe siècle) dans le bourg de Plougrescant, nous rejoignons le sentier côtier pour une longue et magnifique section du GR34 : le tour des rochers de Plougrescant.

Nous choisissons comme lieu de pique-nique la pointe du Château, à l’abri du vent sous un grand rocher. L’un des plus beaux spots de pique-nique que j’aie jamais vus !

Puis nous contemplons longuement les paysages lunaires du Gouffre : la marée basse, la lumière et l’heure ajoutent au mystère. On se croirait tantôt en Écosse, tantôt sur une autre planète !

Enfin, nous atteignons Pors Scaff dans un décor d’immenses rochers aux formes baroques, dolmens chers aux Bretons. En voyant ces bouquets de rochers composés par Dame Nature, on comprend mieux la mythologie bretonne et l’art des menhirs.

Étape 8 – Plougrescant (Pors Scaff) / Perros-Guirec – 25 km
Pors Scaff, sur la commune de Plougrescant, est l’un de mes coups de cœur de cette section du GR34. Ses paysages saisissants et sa palette de couleurs très riche (le vert des pinèdes, le turquoise de l’eau, l’ocre des rochers, le blanc du sable…) m’éblouissent. C’est le seul endroit où l’on peut apercevoir une végétation véritable sur de simples îlots.

De Pors Scaff à Port-Blanc, en passant par Buguelès, une série de paysages de carte postale, absolument déserts en cette saison. Fantastiques !



À partir de Trévou-Tréguignec, c’est le retour à la civilisation. On retrouve la propension de l’urbanisme balnéaire à dénaturer le paysage au moyen d’un bâti franchement laid. Heureusement, le littoral reste intéressant : de beaux îlots, de longues ceintures de rochers et quelques jolies maisons.

À marée basse, il est possible de traverser presque toute la baie de Perros-Guirec à pied, en coupant par les plages. L’arrivée à Perros-Guirec est agréable, avec l’île Tomé en toile de fond.

Étape 9 – Perros-Guirec / Île Renote – 18 km
Aujourd’hui, nous débutons la plus célèbre section du GR34 en Bretagne nord : la côte de Granit rose. Au programme : les landes de Ploumanac’h, sorte de musée à ciel ouvert de rochers en granit rose.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, sachant que beaucoup de gens m’ont parlé de ce lieu comme étant d’une grande beauté. En réalité, cela m’a inspiré un sentiment insolite d’étrangeté.

Cette roche est si difforme et bizarre qu’elle fascine et nourrit la créativité de chacun. Comme une cour des miracles du règne minéral : des amas improbables, générant des formes ressemblant davantage à des totems, à des visages voire à des organes, qu’à des rochers. Ovnis ou jouets de dinosaures bretons ?

En définitive, selon mon ressenti, il s’agit bien d’étonnement et non de beauté. Les rochers de Ploumanac’h sont aussi cocasses que ceux de Plougrescant sublimes.

Après avoir dépassé le port de Ploumanac’h et ses anciens moulins à mer (qui utilisent l’énergie marémotrice), nous atteignons la baie de Sainte-Anne qui borde Trégastel. Pas un commerce, pas une âme qui vive : ce lieu touristique est très silencieux en cette fin d’hiver !

Étape 10 – Île Renote / Île Grande – 15 km
Une étape courte, simple, sans prétention, tranquille et agréable, qui débute par le tour de l’île Renote : de beaux points de vue sur les rochers et le phare de Ploumanac’h, l’archipel des sept îles et les îles Triagoz au loin.

Puis nous suivons le sentier du littoral qui passe notamment par la Grève blanche, au sable si blanc qu’il luit comme de la neige. Les paysages du jour sont archétypaux de la Bretagne, pas forcément spectaculaires mais jolis, apaisants et avec juste ce qu’il faut d’équilibre entre une nature sauvage et des plages touristiques.

De Landrellec à l’Île Grande, nous traversons une grande baie à marée basse.

L’île Grande, reliée au continent par un pont, est une île bâtie mais protégée du tourisme de masse par ses tourbières, peu propices aux baignades.

Étape 11 – Île Grande / Lannion – 22 km
Au petit matin, nous retrouvons la tourbière de l’Île Grande aperçue la veille : illuminée par le soleil, la différence est frappante !

L’étape entière est un véritable coup de cœur. En cette extrémité de côte de Granit rose, de Trébeurden à Lannion, les paysages sont beaucoup plus sauvages qu’escomptés.

Trébeurden m’a particulièrement séduite, avec son atmosphère balnéaire tranquille, son relief, ses pointes et ses îles, ses plages sublimes, son port préservé. Le tout sous un soleil radieux !

Et quelle variété en seulement 22 kilomètres ! Tourbières de l’île Grande, immenses plages et port de Trébeurden, île Millau, presqu’île du Castel et pointe de Bihit, falaises de Porz Mabo, pointe de Beg Léguer et estuaire du Léguer.

L’arrivée en baie de Lannion, par les falaises, est spectaculaire ! Plus tard, l’intérieur de l’estuaire nous offre une atmosphère très bucolique, sur le chemin de halage qui longe le Léguer. Nous avons peine à croire que nous arrivons en ville !

Étape 12 – Lannion / Saint-Michel en Grève – 19 km
Lannion est une ville vivante, belle et attachante. Son centre-ville médiéval et ses mignons petits commerces nous enthousiasment. Ses halles, où nous prenons plaisir à raconter notre périple à des gens du coin, sont un vrai piège, car nous quittons Lannion vers 13 heures. Il est tard, bien trop tard pour débuter une étape d’une vingtaine de kilomètres…

Surplombant les boucles du Léguer, un joli sentier forestier nous régale : encore un coup de cœur ! Le sentier forestier débouche sur le (superbe) hameau du Yaudet : sa chapelle classée et sa pointe dominant l’estuaire du Léguer sont merveilleuses.

En poursuivant sur le sentier des douaniers, nous atteignons Locquémeau et son port envoûtant : dans une lumière arctique, cette langue de terre fragile, presque irréelle, évoque l’Islande, comme un dernier refuge de marins avant le bout du monde.

Vers 18 heures, nous nous attaquons aux falaises qui relient Locquémeau à Saint-Michel-en-Grève (falaises de Trédrez-Locquémeau). Selon moi, il s’agit de l’une des plus belles sections de tout le GR34. L’un des plus vertigineux aussi, constamment à flanc de falaise avec des à-pics rocheux très spectaculaires. En raison de notre début d’étape tardif, nous devons finir l’étape de nuit ou, comme disent les randonneurs, « à la frontale » : une visibilité minime sur un sentier boueux, glissant et escarpé : en un mot, épique !
(D’où, à mon grand regret, l’absence de photo sur cette section du sentier !)
Étape 13 – Saint-Michel en Grève / Locquirec – 15 km
Depuis Lannion, nous enchaînons les séquences d’anthologie. Aujourd’hui, ce sont les giboulées de mars qui nous rendent les lieux mémorables. Une météo somme toute bretonne, avec un fort vent, des averses brutales, du soleil et des arcs-en-ciel. Mais les grêlons entravent considérablement notre progression (ci-dessous, le ciel juste avant la giboulée).

Lors de notre traversée de l’immense grève de Saint-Michel, donc, une giboulée se déclenche. Le vent transversal rend mon parapluie de randonnée totalement inefficace. De bons grêlons s’abattent sur nous pendant une vingtaine de minutes. Les rafales de vent sont si violentes que j’ai l’impression de décoller du sol ! Mon bonnet menace de s’envoler, malgré la capuche de ma veste de pluie qui le maintient en place.
Cependant, à la fin de l’épisode météorologique, nous sommes récompensés de notre ténacité. La giboulée a lavé le ciel, laissant place à de superbes miroirs d’eau.


De l’autre côté de la grève, au Beg Douar, un épagneul (breton… le comble !) se met à nous suivre. Peut-être aura-t-il reconnu son maître dans les traits de l’un de nous ou, plus vraisemblablement, senti l’odeur des victuailles dans nos sacs. Au début, le chien nous amuse et nous attendrit, mais cela ne dure pas. En effet, sur le pont fréquenté reliant les Côtes-d’Armor au Finistère, ce malheureux chien manque à plusieurs reprises de provoquer un accident de la circulation, en se plantant net devant chaque voiture qui passe. Chaque conducteur, après avoir freiné brutalement, nous regarde avec un air dur et réprobateur, signifiant « Vous pourriez tenir votre chien en laisse, bande d’irresponsables ! ».

Une fois le pont franchi (ça y est, nous sommes en Finistère !), nous finissons par semer sur une plage le chien égaré. Il semble que le chien n’ait pas été capable de suivre notre trace dans le sable.
Mais revenons-en aux superbes paysages du jour : grève de Saint-Michel, Beg Douar, pointe de l’Armorique, baie et plages de Plestin-les-Grèves…

La pointe de l’Armorique nous offre un panorama royal. À l’est, le chemin déjà parcouru : île Millau, pointe de Beg Léguer, port et falaises de Locquémeau, Beg ar Forn, le Grand Rocher, Saint-Efflam, Beg Douar. À l’ouest, le chemin à parcourir : Locquirec et au-delà. Splendide !

Étape 14 – Locquirec / Plougasnou – 20 km
Ah, la mémorable étape de Saint-Jean-du-Doigt !
Un de mes amis randonneurs ayant parcouru le GR34 dans son intégralité, m’a confié avant notre départ qu’il gardait un souvenir ému de l’étape de Saint-Jean-du-Doigt. Sur le moment, je n’avais pas compris de quoi il s’agissait…

Les falaises de Beg ar Fry à la plage de Saint-Jean-du-Doigt sont redoutables. Certes, le dénivelé est soutenu et plutôt raide, surtout en comparaison au reste du GR34 ; mais le dénivelé en soi n’est pas insurmontable. Toutefois, il peut le devenir lorsque le climat breton s’en mêle.

Entre Beg ar Fry et Beg Gracia, sur une durée approximative de trois heures de marche, nous essuyons une giboulée et quatre averses, accompagnées de rafales à 100 km/h et d’un vent horizontal venu de la mer. L’une des rafales détruit d’un seul coup mon parapluie de randonnée. Nos vêtements sont trempés, mais le plus gênant est que le sentier le soit tout autant : nous pataugeons dans la boue et progressons très lentement, manquant de glisser à chaque pas !

En récompense de nos efforts, nous découvrons des falaises absolument phénoménales, vierges de toute présence humaine : un terrain de jeu somptueux que nous dévalons durant des heures. Une étape édifiante à plus d’un titre !

Étape 15 – Plougasnou / Plouezoc’h – 21 km
Décidément, entre Lannion et Morlaix, nous nageons dans le sublime. Morlaix n’est plus très loin mais dans la baie de Morlaix, nous n’avons pas fini de nous émerveiller.

Plougasnou, commune limitrophe de Saint-Jean-du-Doigt, comporte des pointes et des plages absolument fantastiques. Les pointes de Primel et du Diben sont un coup de cœur (oui, encore un !).



La presqu’île de Térénez offre une coquette avancée sur la mer, fermant une anse tranquille et bucolique.

Pour conclure cette superbe étape, nous assistons au coucher de soleil depuis la pointe de Barnénez. De là, nous pouvons apercevoir le chapelet d’îles de la baie de Morlaix, dont le château du Taureau. Un avant-goût de notre prochaine section de GR34 !

Étape 16 – Plouezoc’h / Morlaix – 12 km
Cette dernière (demi-)étape est très enthousiasmante. Nous terminons en beauté !

Nous quittons la mer au port de Dourduff-sur-mer (comme un écho du port du Légué, à Saint-Brieuc d’où nous sommes partis il y a seize jours).

Ensuite, l’étape se transforme en partie de campagne : la forêt nous évoque la magie de Brocéliande, ses elfes et ses korrigans, avec également de très belles pierres, manoirs et châteaux.

Enfin, nous entrons dans Morlaix par son port de plaisance. Avant de prendre le train pour Paris, nous découvrons le viaduc et le joli centre-ville historique de Morlaix.

Rendez-vous l’année prochaine pour la suite du GR34 : de Morlaix à Brest.


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