La Bretagne à pied (3) : de Concarneau à Auray

8 jours de randonnée itinérante sur le sentier des Douaniers (GR34) : 190 km en Bretagne Sud, de Concarneau (Finistère) à Auray (Morbihan). [Mai 2021]

Mes coups de cœur

  • Les pointes : Trévignon (Trégunc), Penquernéo (Riec-sur-Bélon), Kerhermen (Moëlan-sur-Mer), Kersécol (Moëlan-sur-Mer), les Saisies (Gâvres)
  • Les falaises : Rospico / Port Manec’h, pointe du Penquernéo / port du Bélon, pointe du Kerhermen / Malachap, pointe de Kersécol / Le Pouldu
  • Les estuaires : l’Aven, le Bélon, le Merrien, le Doëlan, la Laïta
  • Les anses : Moulin à mer (Trégunc), Rospico (Névez)
  • Les ports : Concarneau, Port Manec’h (Névez), le Bélon (Riec-sur-Bélon), le Doëlan (Clohars-Carnoët), Saint-Goustan (Auray)
  • Les rencontres : le monsieur du port de Vannes, Hélène (Port Manec’h), Joëlle et Hervé (Kersécol), Brigitte (Le Pouldu), Goran (Ploemeur), Laurence (Carnac)

Le récit complet

Étape 1 – Concarneau / Pendruc (Trégunc) – 16 km

Avant de prendre le train pour Concarneau, sur le sentier qui mène au port de Vannes, un monsieur m’aborde en toute simplicité à la vue de mon sac à dos volumineux (pas du tout ultraléger, en raison de mon débarquement impromptu). Jeune retraité, ce monsieur a parcouru Colmar-Cahors et Séville-Salamanque à pied, et me conseille de lire Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin. De fil en aiguille, ses paroles m’inspirent des idées neuves. C’est incroyable, le rôle que peuvent jouer dans une vie certaines personnes à jamais anonymes !

À la gare de Vannes, je prends le train pour Concarneau. Ville authentique et préservée, Concarneau présente au visiteur ses multiples facettes : ville close et murailles, port de plaisance, port de commerce, port militaire. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir des bâtiments de guerre d’aussi près : c’est très impressionnant. À voir absolument pour ceux qui aiment les bateaux !

En quittant Concarneau, je traverse des zones pavillonnaires parsemées de belles demeures. Revers de la médaille, je passe une bonne heure à déambuler entre les maisons sans voir la mer.

Ça y est, me voilà sortie de la zone urbanisée. L’anse du Moulin à mer est lumineuse, et verdoyante en dépit de sa proximité avec la mer. Je suis charmée par l’atmosphère bucolique du lieu : les vieux chênes, les fleurs de bruyère, les voiliers échoués à marée basse. Je resterais bien ici à rêvasser un peu plus longtemps…

Étape 2 – Pendruc (Trégunc) / Port Manec’h (Névez) – 20 km

Cette étape, variée, a de quoi surprendre : des dunes et du plat pendant 15 km, puis sans transition, des falaises évoquant la Bretagne Nord.

De la pointe de la Jument à la pointe de Trévignon, je longe des dunes et des étangs. L’atmosphère est sereine, méditative : mes yeux se posent sur les étangs, à ma gauche, puis sur l’océan, à ma droite.

Je déjeune à la pointe de Trévignon d’où j’aperçois l’archipel des Glénan. Faute d’avoir pu naviguer jusque là, je me console en apercevant l’archipel depuis la côte.

Les jolies plages de sable blanc se succèdent jusqu’à l’île Raguénez, accessible à pied à marée basse. Les paysages doux et sucrés m’évoquent Oléron, Houat, Hoëdic. Les herbes folles de la dune : chevelure dorée de la mer.

Derrière l’île Raguénez se trouve la plus longue plage de sable blanc de la région : la plage de Tahiti (ça ne s’invente pas !).

En fin d’après-midi, après avoir passé la journée à flâner sur un sentier plat dépourvu de difficultés techniques, j’atteins l’anse de Rospico. Et là, à ma grande stupéfaction, les dunes laissent place à des falaises !

Certes, pas des falaises hautes comme celles de Plouha ou de Saint-Jean du Doigt, mais des falaises tout de même. Et moi qui me croyais en terrain conquis… Décidément, les paysages bretons ne cesseront jamais de me surprendre !

À cause du poids de mon sac, je subis quelque peu ce dénivelé inattendu de fin d’étape. Mais côté sensations, je me régale : les roches sont déchiquetées, terribles ! Repensant avec émotion aux falaises de Saint-Jean du Doigt, je me retrouve nez à nez avec un immense rocher dénommé le doigt de Dieu. Coïncidence ?

Derrière les falaises, le phare de Port Manec’h dresse fièrement son sommet rouge par-dessus la cime des arbres. Le Port Manec’h est extrêmement coquet, et ma chambre avec vue sur mer l’est tout autant !

Étape 3 – Port Manec’h (Névez) / Riec sur Bélon (Bourg) – 31 km

Mon hôte Hélène habite dans la plus ancienne maison de Port Manec’h. Elle m’offre le café en me racontant sa grande marche sur le sentier de Compostelle « en sens inverse », de Conques à l’Écosse en passant par Amsterdam. En randonnée itinérante, je suis toujours fascinée par les personnes que je croise : tous ces gens ayant fait toutes ces choses incroyables !

J’entame cette étape d’estuaire par un joli parcours forestier dans les boucles de l’Aven. Dans la forêt, un groupe de randonneurs m’applaudit ! Je dois donc avoir l’allure de quelqu’un qui vient de très loin. Je me dis en mon for intérieur : vous vous trompez sur mon compte, cela ne fait que trois jours que j’ai lacé mes chaussures…

Le cadre bucolique du Moulin à marée m’invite à la contemplation. Cet estuaire paisible a inspiré de nombreux peintres, dont la célèbre école de Pont-Aven.

Après 12 kilomètres passés à longer l’Aven, j’arrive à Pont-Aven, petite cité de caractère. Mes premières impressions sont mitigées : une jolie ville où règne le touriste vêtu de flanelle et de mocassins blancs. Avec mon sac à dos et mes chaussures boueuses, je me sens en léger décalage. J’ai comme l’intuition que le randonneur n’est pas le bienvenu ici.

Mes premières impressions se confirment. À la recherche d’une crêpe à emporter, je me heurte au dédain d’une commerçante et au regard sévère des gens en terrasse. Dépitée et sans crêpe, je m’empresse de quitter Pont-Aven. Ce qui m’inspire la réflexion suivante : dans la forêt, le randonneur est acclamé tandis qu’en ville, il serait plutôt conspué.

S’ensuit un tronçon ennuyeux du GR34, entre Pont-Aven et Rosbraz. Fort heureusement, cela ne dure que cinq kilomètres. Je ne vois pas l’estuaire, je marche sur une départementale très fréquentée et par-dessus le marché, je me prends une châtaigne en passant sous une clôture électrique. De la loi de Murphy en randonnée…

Après avoir passé le port chic de Rosbraz et parcouru deux kilomètres supplémentaires, j’aperçois… Port Manec’h, de l’autre côté de l’estuaire. En définitive, j’ai parcouru vingt kilomètres pour me retrouver à 300 mètres de mon point de départ !

La pointe de Penquernéo domine la côte et les deux estuaires (Aven et Bélon). Une vraie merveille !

L’entrée de l’estuaire du Bélon se compose de belles falaises boisées. J’admire le port du Bélon qui étale nonchalamment ses voiliers le long des deux rives. L’endroit est célèbre pour ses huîtres : l’ostréiculture est à l’honneur. Me voyant reprendre mon souffle, une employée ostréicole m’interpelle : « Le repos de la guerrière ! ». J’acquiesce d’un large sourire.

Les derniers kilomètres sont durs. Épuisée, je marche en mode automatique. La rive droite du Bélon est pourtant belle, préservée et sauvage à souhait, mais j’étais davantage disposée à savourer le caractère bucolique des lieux en début de journée, au troisième kilomètre, qu’à la nuit tombée, au trentième kilomètre.

Étape 4 – Riec sur Bélon (Bourg) / Kersécol (Moëlan-sur-Mer) – 25 km

Des hauts et des bas en randonnée. Du fait de la météo, la matinée est monotone : de la départementale pendant quatre kilomètres, puis la tristesse de l’estuaire sur ciel gris. J’ai envie de retrouver l’océan !

Une telle séquence est certes ennuyeuse mais me permet de plonger en moi-même afin de mettre de l’ordre dans mes pensées. J’en profite donc pour clarifier mes intentions concernant l’itinéraire de mon grand projet Glott’ Trotteuse.

Retour au port du Bélon, rive gauche. De ce côté-ci, je trouve le port toujours aussi charmant, avec sa configuration à cheval sur les deux rives.

De retour sur la côte, la plage de Kerfany s’avère décevante. En outre, j’avais misé sur un ravitaillement au restaurant de la plage, mais ledit restaurant est fermé : j’ai parié et j’ai perdu. Moralité : en randonnée, il faut toujours avoir une poignée de noix dans son sac, ça dépanne.

Après avoir passé la pointe de Kerhermen, le ciel, jusque là complètement bouché, commence à se dégager. Le vent forme de beaux rouleaux d’un profond bleu turquoise. En contrebas sur les rochers, ça tabasse. Je suis heureuse d’avoir retrouvé l’océan !

De la pointe de Kerhermen et Malachap, je parcours un sentier très sauvage. Le relief des falaises n’est pas très prononcé mais à marée basse, d’immenses feuilletés de granite se dévoilent. D’innombrables fleurs rose pâle colorent la lande. La voilà, la Bretagne que j’aime !

Depuis les hauteurs, le surprenant port de Brignon a de faux airs de calanque marseillaise. Tout à coup, mes pieds endoloris me rappellent à l’ordre. J’ai déjà marché 25 kilomètres aujourd’hui. Pour atteindre mon gîte du soir, il me faudrait encore franchir deux estuaires. Mais en toute objectivité, mes pieds ne sont pas en état de parcourir les huit bornes manquantes.

J’avise donc de faire du stop. Seul problème : le port de Brignon est absolument désert ! Seul sur le quai, un coupé sport roule à faible allure. Je tente ma chance en faisant un signe au conducteur. La voiture ralentit, une vitre s’ouvre. C’est gagné ! Le conducteur et sa passagère acceptent de m’emmener à Kersécol. Installée à bord du bolide, je m’amuse de ce que la conduite sportive du conducteur soit tempérée par les protestations régulières de sa passagère. Mes hôtes du soir, Joëlle et Hervé, attendent une randonneuse… et sont fort surpris de me voir débarquer en coupé sport !

Étape 5 – Kersécol (Moëlan-sur-Mer) / Le Courégant (Ploemeur) – 26 km

Je partage d’extraordinaires moments de joie et de complicité avec Joëlle et Hervé. Chez eux, tout est à la bonne franquette. Joëlle et Hervé sont deux grands voyageurs, anciens motards, passionnés de voile et de photographie animalière. Une très belle rencontre que je garde bien au chaud dans mon cœur.

De retour sur le GR34, j’entame une sublime étape : 26 kilomètres de bonheur. Entre Kersécol et le Pouldu, que d’extases ! Et l’estuaire magique de la Laïta !

Falaises, lande fleurie, forme extravagante des rochers qui surnagent.

Poésie et perfection du port du Doëlan, tout droit sorti d’un tableau impressionniste.

Sensation de plénitude sous un ciel radieux entrecoupé de courtes averses. Méditation sur les paysages traversés.

Au Pouldu, une dame m’aborde en me demandant : « Vous marchez seule ? ». Nous discutons, nous nous séparons et nous nous croisons de nouveau. Certaines rencontres ne sont pas aussi fortuites qu’il n’y paraît à première vue : résonances du chemin, faux hasards de la vie. Je demande son nom à la dame : elle s’appelle Brigitte. Jeune retraitée en manque de nouveaux défis, Brigitte meurt d’envie de s’élancer en solitaire sur les sentiers de France mais n’ose pas se lancer. Que penseront d’elle ses enfants, son mari, sa vieille mère ? Peut-elle s’autoriser à suivre ses désirs sans être constamment au service d’autrui ? J’explique à Brigitte que la randonnée permet de rétablir l’équilibre entre soi et le monde. Marcher, c’est s’abandonner au bonheur d’être en vie.

L’estuaire de la Laïta, le plus large et peut-être le plus beau, avec ses bancs de sable qui luisent au soleil. De fabuleux contrastes de couleurs, de très lumineuses frondaisons. Les dix kilomètres de détour en valent vraiment la peine.

La Laïta est la frontière naturelle des départements du Finistère et du Morbihan. Arrivée à Guidel-Plage, j’ai la sensation de changer d’univers. Fini les estuaires, forêts et falaises ; place aux plages, lotissements et terrasses de café.

Déjà 26 kilomètres parcourus aujourd’hui et je n’ai absolument pas envie de marcher sur la départementale qui longe le front de mer. Fort opportunément, assise sur un banc à Guidel-Plage, je fais la connaissance de Goran, un Monténégrin installé dans la région depuis une vingtaine d’années. Goran me propose de me déposer en voiture à mon logement, huit kilomètres plus loin.

Étape 6 – Le Courégant (Ploemeur) / Gâvres – 25 km

J’ai donné rendez-vous à Goran en fin d’après-midi, pour une crêpe et une balade du côté de Port-Louis. En attendant, bien évidemment, je marche. De Ploemeur à Larmor-Plage, la côte n’est pas spectaculaire. Cependant, pour un front de mer touristique, cela reste relativement préservé : je traverse quelques jolies criques et plages. Je me rapproche de l’île de Groix, je l’ai en plein dans le viseur durant de nombreux kilomètres, puis je finis par lui tourner le dos.

Larmor-Plage et ses coquettes maisons de bord de mer. Changement de décor, la baie de Lorient se dévoile : la base de Lorient au nord-ouest, le port de Locmiquelic au nord-est, la forteresse de Port-Louis à l’est et la presqu’île de Gâvres au sud-est.

En entrant dans Lorient, je traverse l’intégralité de la zone industrielle ainsi que la célèbre base nautique (sobrement baptisée « La Base »). J’ai même l’occasion d’apercevoir un chantier de construction de catamaran de course.

Au port de pêche de Lorient, j’emprunte un batobus pour le prix d’un trajet classique en bus. La ligne B2 dessert la pointe de Port-Louis en à peine dix minutes, ce qui permet de traverser la baie sans avoir à en faire le tour. Je recommande à tous les curieux d’emprunter ce batobus, qui offre un panorama splendide de la baie de Lorient. Le spectacle est de toute beauté : que de contrastes entre Lorient, Larmor-Plage, Locmicquelic, Port-Louis et Gâvres !

À Port-Louis, je rejoins Goran. Nous visitons la vieille ville, joli petit cœur de village, et longeons la muraille de la citadelle Vauban de Port-Louis. De l’autre côté de la muraille se trouve une longue plage très prisée des gens de la région.

Ensuite, nous nous rendons à Gâvres en voiture. Cela semble interminable, pourtant Gâvres n’est située qu’à quelques centaines de mètres de Port-Louis. Il nous faut faire tout le tour de cette presqu’île allongée. La faute à l’absence de pont : une ébauche de pont (encore visible aujourd’hui) a été construite pendant la guerre, mais les travaux n’ont jamais abouti, les habitants souhaitant conserver l’enclavement de leur presqu’île.

Après un verre en terrasse sur le port de Gâvres, nous arpentons la côte ouest jusqu’ à Port-Puns. Le panorama sur la citadelle de Port-Louis est sublime. Avec Goran, j’ai passé d’excellents moments ; lorsque nous nous apprêtons à nous séparer, Goran scinde un coquillage en deux et m’offre l’une des deux moitiés. Souvenir poétique d’une belle après-midi !

Étape 7 – Gâvres / Erdeven – 27 km

Le début de journée est prometteur : sous un ciel dégagé, je petit-déjeune sur les rochers de la pointe des Saisies. La vue sur l’île de Groix est absolument imprenable.

Puis je m’élance le long de la fine bande de plage qui s’étend de Gâvres jusqu’à l’estuaire de l’Étel. Au début, je croise des promeneurs, des véliplanchistes et des kitesurfeurs, le tout dans une ambiance familiale.

Tout à coup, il n’y a plus personne. Intriguée, je continue à avancer en m’enfonçant de plus en plus dans le sable. Peut-être serait plus facile de progresser en grimpant sur la dune qui surplombe la plage ?

Je grimpe donc sur la dune. Les propos de mon hôte me reviennent à l’esprit : « Gâvres, c’est une zone militaire ». Jusque là, je n’ai vu de Gâvres que la facette touristique. Mais en effet, les panneaux indiquent : Terrain militaire.

L’ambiance est sinistre : il fait froid, venteux, le ciel est menaçant, la plage est déserte. Je m’enfonce dans le sable à chaque pas, quelque part entre l’océan et une zone de tirs à balles réelles. C’est tellement incongru que c’en devient amusant. Avis aux amateurs : ce lieu a un potentiel de décor de film paranormal.

Afin de m’éviter des efforts inutiles, néanmoins prudemment, je longe la bordure du terrain militaire. Ce n’est pas une mince affaire car aucun muret ni barrière ne délimite le terrain. Ce n’est qu’à la fin des 10 kilomètres que je tombe sur ce panneau (grosse ambiance !). Heureusement, nous sommes dimanche.

J’arrive sur un parking, tout aussi sinistre. Éberluée, j’assiste à un va-et-vient incessant de voitures et de camping-cars. Sur le parking, la plupart des conducteurs restent dans leur véhicule et semblent attendre quelque chose qui ne vient pas. Je meurs d’envie de les interroger : qui êtes-vous, que faites-vous et pourquoi êtes-vous ici ? Y aurait-il une faille spatio-temporelle dans les parages ?

J’atterris dans des champs qui n’en finissent pas. Le ciel est toujours aussi plombé et le vent gronde. L’apocalypse est proche ! (Ci-dessous, le seul point de repère de la zone.)

Enfin, l’estuaire de l’Étel est en vue. En dépit du mauvais temps, les promeneurs sont de sortie, tels des escargots après la pluie. À la vue de ces lieux reculés, j’ai vraiment peine à croire que la presqu’île de Quiberon n’est plus très loin !

Je franchis le pont Lorois et me voici de l’autre côté de l’estuaire. J’ai déjà parcouru vingt kilomètres dans des conditions difficiles et le temps continue à se dégrader : une petite pluie fine tombe constamment sur moi. Je pensais avoir fait le plus dur en franchissant l’estuaire, mais les nombreux ruisseaux de l’Étel sont infranchissables en l’absence de ponts. Je coupe donc à travers champs et lotissements pour atteindre rapidement la côte ; cela prend tout de même du temps.

J’arrive enfin à l’embouchure de l’Étel, et là, malheur : des kilomètres et des kilomètres de dunes, identiques à celles de ce matin.

Un panneau signale d’ailleurs, à l’attention des curieux, la curiosité géologique que constituent ces dunes d’une rare continuité, de Gâvres à la presqu’île de Quiberon, interrompues uniquement par l’estuaire de l’Étel. Malheureusement, cela ne m’amuse plus du tout. Les conditions météo sont catastrophiques. La pluie fine s’est muée en forte averse accompagnée de rafales latérales qui fouettent violemment le visage et les paupières. Je vois à peine devant moi, sans aucun relief pour m’abriter de la violence des éléments.

J’avance péniblement en m’enfonçant de nouveau dans le sable. Je commence à me poser les questions rituelles de tout moment délicat, par exemple : pourquoi me suis-je mise toute seule dans cette galère ? Ou encore : pourquoi courir le monde plutôt que de rester tranquillement sur mon canapé ? Bref, je n’en peux plus. Je me réfugie dès que possible sous l’un des blockhaus de pierre qui parsèment la côte : c’est seulement dans ces occasions qu’on comprend leur utilité.

Devant la Roche sèche, j’arrive au bout de mes forces. Je suis complètement trempée, recouverte de sable mais pas (encore) en hypothermie. Il faut savoir s’arrêter à temps : je m’installe donc sous un blockhaus en attendant patiemment que mon amie Laurence, chez qui je loge ce soir, vienne à ma rencontre en voiture grâce aux coordonnées GPS que je lui ai envoyées.

À la tombée du jour, Laurence parvient à me localiser dans ce no man’s land et me conduit tout droit à Carnac. Dans sa maison de famille, je me réchauffe au coin du feu et mets à sécher tout mon paquetage. Quel grand réconfort que l’amitié !

Étape 8 – Saint-Philibert / Auray – 20 km

Suite à un succulent petit-déjeuner, Laurence me dépose à l’entrée de Saint-Philibert, non sans m’avoir fait préalablement visiter Carnac et La Trinité sur Mer.

D’emblée, ce qui me frappe de ce côté-ci de la presqu’île de Quiberon , c’est la faiblesse des rafales en comparaison des gifles que j’ai prises hier. Ici, l’océan est presque un lac, comme j’ai déjà pu le constater lors de mes dix jours de navigation.

Toutes proportions gardées, Saint-Philibert demeure plus « sauvage » que sa voisine, La Trinité-sur-Mer.

Côté ouest, s’épanouit une jolie forêt de pins m’évoquant les Landes.

Côté est, le paysage mi-estuaire, mi-Bretagne des terres, semble n’avoir pas bougé depuis des siècles. J’admire une magnifique chapelle restée « dans son jus ».

C’est ma dernière étape aujourd’hui et j’ai un horaire de train à respecter (je déteste ça !). J’évalue que je n’aurai pas le temps d’atteindre la pointe de Locmariaquer par les détours et les rias. Je décide donc de couper par les sous-bois de Locmariaquer afin de rejoindre la rivière d’Auray. Mais ce que je ne sais pas encore, c’est qu’à cause des propriétés privées s’accaparant le littoral, il n’existe pas de sentier côtier entre Locmariaquer et Auray. En arrivant près de la rivière d’Auray, je me retrouve donc face à d’infranchissables clôtures. Sans même avoir pu apercevoir la couleur de la rivière !

Déçue, je me résigne à passer par l’arrière-pays. C’est une jolie campagne et, une fois la déception avalée, je me remets gaiement en chemin. Et là, à ma grande surprise, je tombe sur le GR34 qui réalise un grand contournement de la rivière d’Auray.

Lorsque j’atterris sur la grand’ route, bien évidemment, je me mets à faire du stop. Ce lundi de Pentecôte, jour de retour de vacances, un flot ininterrompu de voitures se déverse sur la départementale. Assez rapidement, une gentille conductrice s’arrête et accepte de me déposer à l’entrée de la ville d’Auray.

Enfin, je peux voir la rivière tant désirée ! À l’entrée de la ville d’Auray, le très joli port de Saint-Goustan arbore fièrement son pont médiéval et ses maisons à colombages.

Une dernière crêpe en terrasse dans le centre-ville, puis je rejoins la gare d’Auray. C’est la fin de mon périple breton de mai 2021 !

Articles similaires

Laisser un commentaire