2 semaines de navigation en mer Égée. Dodécanèse et Cyclades, de Leros à Poros. [Juillet 2022]
- Athènes / Le Pirée
- Dodécanèse
- Leros
- Astypalea
- Cyclades
- Schinoussa
- Paros
- Sifnos
- Kithnos
- Cap Sounion
- Golfe Saronique
- Poros
Le récit complet
Jour 1 – Athènes / Le Pirée
Vers 4h30 du matin, quelques frayeurs à l’aéroport d’Orly, en ce premier samedi de juillet et jour de grève de nombreux personnels d’aéroport. Nous parvenons néanmoins à décoller sans encombre et arrivons à l’aéroport d’Athènes à 10 heures (heure grecque).

Je passe cinq heures à me balader dans le cœur d’Athènes, que je commence à bien connaître : l’Acropole, l’ancienne Agora, l’Agora romaine, Plaka, Monastiraki et Psiri. Je me repère aisément sans plan ! Les choses me sont étrangement familières, je me sens vraiment chez moi.

Je me fais la promesse à moi-même de venir vivre à Athènes, d’ici quelques années, pour prendre le temps de lire in extenso les auteurs grecs de l’Antiquité !

Je me rends ensuite au Pirée afin de profiter de la ville qui, pour la plupart des touristes, n’est qu’un passage obligé vers les îles grecques. Et c’est bien dommage, car il y a de belles choses à voir !

De belles églises, un beau port de plaisance (la marina Zea), un magnifique littoral et une atmosphère de bord de mer très agréable, notamment à l’heure du dîner.


En début de soirée, je me dirige vers le port commercial où se trouvent les embarcadères des ferries. La réputation du Pirée n’est pas usurpée : le port est absolument gigantesque. Je n’avais pas conscience du fait qu’un port pouvait être aussi vaste. Heureusement j’ai prévu large, car cela me prend une heure de marche pour me rendre à la porte E1, très excentrée. Conclusion : soyez vigilant dès qu’il s’agit de s’embarquer au Pirée, ne prenez pas la mention de l’embarcadère à la légère, et en cas de doute, ne vous lancez pas dans une rando : appelez un taxi.

Minuit. C’est la première fois que je voyage à bord d’un ferry aussi titanesque. Et probablement la dernière ! Il me semble que le ferry est au voilier ce que le camping-car est à la randonnée. En effet, dès les premières secondes, j’ai la désagréable sensation d’avoir mis les pieds dans un complexe hôtelier de luxe : une résidence entière avec appartements, restaurants, boutiques… Une ville entière flottant sur l’eau. Ce type de tourisme ne me correspond pas du tout et a le don de me mettre mal à l’aise. Enfin, pour cette fois ça fera l’affaire, et de toute façon je m’apprête à dormir profondément après la courte nuit d’hier. Mais quand j’y pense, c’est vraiment un comble de rejoindre un voilier en m’embarquant sur un immeuble flottant.
Jour 2 – Leros
À 9h30 tapantes, l’immeuble flottant vomit ses passagers (moi y compris) sur l’île de Leros, au large de la Turquie. Je me dirige vers le petit port et aperçois Vincent, le capitaine du voilier Alcyon.
Il s’agit de ma troisième expérience de co-navigation et, étrangement, de ma troisième expérience sur un même modèle de voilier : l’Oceanis de chez Beneteau (après l’Oceanis 411 et l’Oceanis 400, l’Oceanis 390).
Dès les premiers instants, l’entente est parfaite entre Vincent et moi. Nous débutons notre quinzaine par une journée de détente. Cela me fait le plus grand bien après les deux courtes nuits que je viens de passer.


Leros a beaucoup à offrir à qui souhaite s’aventurer hors des sentiers battus : petit bourg préservé, plages tranquilles dans un décor de rêve et charmantes terrasses près de l’eau. Il y a peu de touristes en ce début de mois de juillet. Île du Dodécanèse, Leros a su conserver sa tranquillité et son authenticité. Un excellent début de quinzaine !

Jour 3 – Leros / Astypalea
Aujourd’hui, il est annoncé un vent soutenu mais navigable. Nous larguons les amarres à 9 heures du matin et sortons tranquillement (à la voile tout de même !) de l’anse de Lakki, la « capitale » de Leros.

Rapidement, la mer commence à moutonner. Le ciel est bleu, limpide, immaculé. Mais le meltem, vent venu du Bosphore, est aussi voire plus redoutable que la bora en Croatie ou le mistral en France. Un véritable couloir de vent.
Les premières heures, le roulis (auquel je ne suis plus habituée) me donne une nausée épouvantable. Je ne peux avaler ni nourriture ni boisson sans tout rendre instantanément. Il est vrai que je n’ai pas encore eu le temps de m’amariner et que cette première journée de navigation n’est pas une sinécure !
Puis la mer forcit et le roulis fait place à d’imposantes vagues, d’un creux (différence entre haut et bas de la vague) de 2 à 4 mètres. Heureusement, nous les prenons par le travers et non de face. Il n’empêche que ce sont d’hallucinantes montagnes russes ! Nous recevons les embruns en pleine figure et nous retrouvons vite trempés. Sensations fortes assurées ! Étonnamment, cela me donne moins la nausée que le roulis du matin, car mon oreille interne fait le lien entre les grandes vagues que mes yeux voient et les secousses que mon corps ressent.
Nous réduisons la toile au fur et à mesure que les vagues grossissent. Pourtant, nous continuons de filer à une vitesse moyenne de 7 nœuds, avec des pointes à 8,7 sous un ciel d’un bleu éclatant. Très intense et riche d’enseignements.

Aux alentours de 17 heures, nous jetons l’ancre dans une anse bien abritée de l’île d’Astypalea, très éloignée des autres îles grecques.

Le mouillage est idyllique. Un décor de western bordé d’une eau turquoise. Les clochettes des chèvres trottant librement sur la colline, quelques maisons dans leur jus, quelques barques, un scooter toutes les deux heures sur l’unique route empierrée du paysage.


La météo annonce encore plus de meltem les trois prochains jours. Nous décidons de rester trois jours à Astypalea en attendant que les conditions météo redeviennent navigables et qu’Alice, la seconde équipière, nous rejoigne.
Au coucher du soleil, tout est rentré dans l’ordre : l’ancre est solidement enfoncée dans le sable, j’ai retrouvé l’appétit, le cadre est enchanteur. Je suis seule au monde avec Vincent et le livre d’Olivier de Kersauson, De l’urgent, du presque rien et du rien du tout. À leur contact, j’approfondis des questionnements à mes yeux essentiels : le rôle central de l’action, l’acceptation de la singularité, l’existence sans concession (qui n’est pas un choix mais une nécessité) et la solitude qui en résulte, la place accordée à l’amour et à l’amitié dans cette « vie sans frein ».

Jour 4 – Astypalea
Après m’être baignée et avoir dévoré le livre d’Olivier de Kersauson, Vincent me dépose en annexe sur le rivage. Je pars en excursion, plus exactement en rando-repérage de l’est de l’île.


Je contourne tout d’abord l’anse de Porto Vathy par une route non goudronnée, la seule de cette partie de l’île. Au bout de deux kilomètres, je rejoins une route goudronnée peu fréquentée. Malgré la chaleur, la marche est très agréable : la route monte en lacets amples, dévoilant depuis les hauteurs de nombreuses criques, langues de sable et collines dégarnies, parsemées d’églises aux murs blancs et aux coupoles bleues.


Je découvre une petite crique à l’ombre de quelques oliviers, fait rare sur cette île où il n’y a presque pas d’arbres. Je m’installe sous un olivier pour profiter de sa fraîcheur. Un véritable paysage de carte postale, avec comme seule compagnie un petit bateau à moteur sur lequel pêchent un père et sa fille, et non loin de moi, une naturiste qui fait du snorkeling.


Je repars en sens inverse et rejoins Vincent juste en face d’Alcyon, à la taverne de chez Maria, un restaurant/lieu de vie comme on n’en fait plus : l’arrière-grand-mère assise toute la journée dans un rocking chair, la grand-mère en cuisine, la petite-fille qui écrit le menu sur une ardoise, le linge suspendu en terrasse et les prix défiant toute concurrence.


Jour 5 – Astypalea
Journée de pur farniente : lecture, repas, baignades et allers-retours en annexe à la taverne de chez Maria. Arrivée d’Alice, la seconde équipière.


Jour 6 – Astypalea
Avec Alice, nous faisons de l’autostop jusqu’au village : un couple de touristes italiens, égaré au bout de l’île, accepte de nous emmener jusqu’à la première plage, puis Dimitris, un chypriote propriétaire d’une résidence secondaire à Astypalea, nous conduit au village.





Nous visitons le château et la Chora, seules dans ce décor de rêve à l’heure où les Grecs restent chez eux. Puis nous déjeunons en terrasse au-dessus du port.




Pour faire le chemin inverse, nous montons d’abord dans un bus, puis dans la bagnole pourrie du pépé de la contrôleuse et beau-père du conducteur de bus. Dans cette poubelle roulante, pas de cadran de vitesse, un contrôle technique en date de 2017 et une icône mariale qui pendouille au rétroviseur central. Tout un poème.


Afin d’informer Vincent de notre retour, je me rends à la nage de la taverne au bateau et lui délivre mon message de vive voix. En m’apercevant, Vincent rit de bon cœur !
Après notre troisième et dernier dîner à la taverne de Maria, nous retournons au bateau et refaisons le monde au crépuscule.
Jour 7 – Astypalea / Schinoussa
Départ à 8h30. Le meltem nous poursuit jusque dans les Cyclades ! Nous naviguons face au vent, au moteur avec la grand voile pour stabiliser le bateau. Heureusement la mer n’est pas aussi dure qu’entre Leros et Astypalea, ce qui nous permet d’avancer à un rythme correct.


Nous longeons l’île d’Amorgos pendant trois ou quatre heures dans une atmosphère féerique : les falaises ocres, le monastère perché, la Chora sur l’autre versant de l’île, la crête des sommets…




Nous dépassons Amorgos et mouillons dans les petites Cyclades, devant Naxos, sur l’île de Schinoussa. Un joli mouillage, agréable pour la baignade, mais un peu « rouleur » (ça roule la nuit !).

Jour 8 – Schinoussa / Paros
Départ à 9h. La navigation d’aujourd’hui se déroule en séquences.

Première séquence : pas de vent mais houle dans le chenal entre les îles. Sortie des petites Cyclades au moteur avec la grand voile pour stabiliser le bateau, ce qui nous évite de trop taper dans la vague.
Deuxième séquence : le vent se lève jusqu’à l’île d’Antiparos. Grand voile et génois, nous naviguons au travers ; nous filons à 7,5 nœuds, ce qui nous oblige à réduire la toile.

Troisième séquence : le vent tombe, nous remontons Antiparos au moteur jusqu’au port de Parikia, la capitale de l’île de Paros. Le défilé de falaises de l’île d’Antiparos est superbe.


L’arrivée à Paros est de toute beauté : à bâbord, une chapelle construite sur un îlot et deux rochers évoquant étrangement une paire d’orteils (peut-être ceux de Poséidon) ; à tribord, un musée des roches à ciel ouvert : accidentées ou arrondies, roses, grises ou ocres.



La baie de Parikia est magnifique et nous envisageons d’y rester deux nuits.

Après avoir fait les courses, nous dînons au restaurant Aroma : la cuisine est grecque mais préparée (avec amour) par Caroline, une française installée à Paros. Un festin de saveurs, avec en arrière-plan le plus gros caoutchouc des Cyclades !

Jour 9 – Paros
Matinée de détente en attendant que le meltem se calme. Le ciel couvert et pluvieux du petit matin fait place au beau ciel bleu du midi. Les lumières sont sublimes !

Après-midi à terre : une belle terrasse où nous prenons un verre, un village blanc étagé, typique des Cyclades, un mur franc avec remploi de colonnes antiques…



…une basilique byzantine des premiers siècles, de charmantes petites boutiques de vêtements d’où je ressors avec une robe splendide, un jus d’orange pressé mémorable. Que demander de plus ? Un merveilleux coucher de soleil sur la baie !




Jour 10 – Poros / Sifnos
Aujourd’hui les conditions de navigation sont idéales (pour une fois !) : le vent, assez stable, souffle à 15 nœuds dans une direction exploitable (nous naviguons au travers), et la mer est plutôt calme. Nous profitons de ce « repos » bien mérité pour faire de belles manœuvres. La route est intéressante du point de vue de la navigation, notamment l’entrée dans la passe sud de Sifnos et la remontée ouest de l’île.
Une fois parvenus au mouillage, nous devons nous y reprendre à trois fois avant de réussir notre manœuvre d’amarrage : l’ancre accroche mal le fond, à cause du vent tournoyant et du comportement imprévisible des bateaux alentours.



Nous profitons de ce merveilleux mouillage de Sifnos, nommé Vathy, pour nous baigner, faire du snorkeling, lire, bronzer et marcher le long de la plage.


En face du bateau, une petite église blanche à toit bleu. Nous sommes prises d’un fou rire en apercevant Vincent assis sur un banc à côté de deux vieux Grecs, totalement intégré au paysage, comme si de rien n’était ! Puis nous dînons gaiement dans une délicieuse taverne de plage.



À la nuit tombée, le propriétaire français du bateau d’à côté, visiblement alcoolisé, se met à hurler que notre ancre ne tient pas : « Eh toi, le Français, t’as décroché ! ». D’abord inquiets puis passablement énervés de la fausse alerte, nous vérifions que l’ancre tient bon et retournons nous coucher.

Jour 11 – Sifnos / Kithnos
Aujourd’hui nous naviguons au moteur avec le vent de face. Nous quittons Sifnos la boisée pour rejoindre Kithnos la minérale.


Kithnos est un caillou qui m’évoque les paysages désolés du Magne (Porto Kagio).



Après la manœuvre d’amarrage et le repas, comme à l’accoutumée, nous nageons autour du bateau, mais cette fois-ci nous allons à la nage jusqu’à la plage. Nous marchons ensuite jusqu’à la chapelle blanche qui surplombe la langue de sable située entre les deux anses. La vue d’en haut est spectaculaire !


Jour 12 – Kithnos / Cap Sounion
Au petit matin, nous quittons Kithnos pour l’un des lieux mythiques de la navigation en Grèce : le cap Sounion, au sud-est d’Athènes, surplombé par le légendaire temple de Poséidon qu’on distingue de plus en plus nettement en approchant du mouillage. Absolument magique !



L’après-midi, nous visitons l’incroyable site archéologique du cap Sounion, puis nous nous baignons sur la plage en contrebas, fort agréable car abritée du vent par le cap.





Jour 13 – Cap Sounion / Poros
Ce matin, pour notre dernière journée de navigation, nous espérons naviguer à la voile avec 15 nœuds de vent. Ce sera finalement une navigation au moteur avec 20-25 nœuds de vent orienté différemment des prévisions météo. Meltem, tu nous auras fait tourner en bourrique jusqu’au bout !

L’arrivée en baie de Poros est un must : on croirait débarquer à Dubrovnik !

Nous visitons Poros la belle du golfe Saronique, dînons dans une excellente taverne (comme à chaque fois !) et parcourons au soleil couchant la promenade du port de Poros.


Jour 14 – Poros
Nous partons à l’assaut du sommet de l’île de Poros. Depuis la chapelle du prophète Isaïe l’on jouit d’une vue imprenable sur le golfe Saronique : Poros, Methana, Égine, Salamine et le cap Sounion.



En poursuivant vers le site archéologique du temple de Poséidon (hélas mal conservé), la vue est époustouflante.



En ce jour brûlant de juillet, nous nous rafraîchissons longuement à la taverne Paradis. Au paradis, nous y sommes assurément !




Je reviendrai bien vite, ô Grèce de mon cœur…
Le Dionysos de l’Antiquité grecque et saint Bacchus se mêlaient dans mon esprit, prenaient le même visage. Sous les feuilles de vigne et sous la robe de moine vivait un même corps ardent, brûlé de soleil – la Grèce.
Nikos Kazantzakis, Alexis Zorba


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