Année 1 : Espagne
3 mois [Hiver 2022-23, Printemps 2023]
Année 2 :
5 mois
Prologue
Il en va des villes comme des personnes : certaines me semblent belles, mais sans charme ; d’autres me font vibrer dès la première seconde.

Je suis immédiatement séduite par leur personnalité, leur originalité, leur entièreté, leurs contradictions, leurs paradoxes.

Je tombe amoureuse d’elles et cette passion physique, charnelle, peut durer quelques semaines, mois, années ou la vie entière. Je partage des souvenirs avec elles, je les idéalise parfois. Je leur parle en les parcourant. En elles, je me sens vivante.

Ville de lumière
Akra Leuka, « blanc promontoire ». Leukanto, Lucentum, Medina Laqant, Al-Laqant. Alacant, Alicante.

La lumière est tout. Elle enveloppe de sa blancheur. Elle envoûte et ensorcelle. Elle transforme le béton en désir.

Alicante, ville de l’énergie vitale, du soleil invaincu face à la nuit profonde.

J’ai traduit l’ode à Alicante écrite par Gabriel Miró (grand écrivain et enfant du pays), qui orne une façade du centre historique :

Mi ciudad está traspasada de Mediterráneo. El olor del mar unge las piedras, las celosías, los libros, las manos, los cabellos. Y el cielo de mar y el sol de mar glorifican las azoteas y las torres, las tapias y los árboles. Donde no se ve el mar se le adivina en la victoria de la luz y en el aire que cruje como un paño precioso…
¡Cómo os quiero y cuán traspasado estoy de esa llama azul dulcísima de Alicante!
Ma ville est transpercée de Méditerranée. Le parfum de la mer oint les pierres, les jalousies, les livres, les mains, les cheveux. Et le ciel de la mer et le soleil de la mer couvrent de gloire les terrasses et les tours, les murs et les arbres. Là où la mer ne se voit pas, on la devine dans la victoire de la lumière et dans l’air qui crisse comme une étoffe précieuse…
Ô combien je vous aime et combien je suis transpercé par cette très douce flamme bleue d’Alicante !

Jour de pluie
La ville se métamorphose, étrangement calme. Deux petites filles se plaisent à étrenner leurs parapluies qui ne serviront qu’une fois dans l‘année, vêtues de parkas et de bottes de pluie. Qué frio! Hostia! s’écrie un homme en passant dans la ruelle.

Les rues sont désertes, la végétation exhale une légère odeur de mousse. Les orangers se gorgent de pluie, pour certains c’est la première fois. Les palmiers changent de teinte. La mer verdoie.
Ce doit être ainsi, le premier jour de pluie sous les tropiques.
Contrastes
Nous sommes mi-mars et la saison touristique a déjà débuté à Alicante. Je suis heureuse d’être de retour après Carthagène.
Carthagène, à la beauté rude et austère, me conduit à l’intériorité, à la profondeur, à la contemplation et au questionnement. Alors qu’Alicante n’est que lumière, blancheur, chaleur, jouissance !

Ici je vis à l’extérieur de moi. Ma facette épicurienne trouve à s’exprimer.
Ici je ne contemple pas, je me gorge de lumière.

Ici je ne réfléchis pas, je me laisse porter par la douce atmosphère, les pieds dans le sable.
Ici tout est réponse.

Ici point de baie imprenable, de montagnes comme autant de murs. Ici tout est ouvert aux quatre vents.

Ici point de marins, de soldats, de fortifications, de canons, d’obélisques, de colonnes romaines. Seulement des touristes, le nez en l’air, des baigneurs, des gens souriants et heureux. Une joyeuse agitation humaine.
Ici tout accueille.

Une côte douce et souriante, parsemée de collines invitant à la promenade. Et dans l’arrière-pays, les montagnes et le désert.

Épilogue

Alicante, source de mon désir, ô ma très douce flamme bleue, toi qui m’as délivrée de ma hantise, je te dédie ce poème :
Hantise
Je me souviens de la vie d’avant.
Le béton, ciel de plomb,
les wagons, les bureaux,
les grilles, la tristesse
des visages en errance
dans le couloir du métro.
Quand donc a cessé cette vie-là ?
A-t-elle vraiment cessé ?
Je continue de la voir, en rêve,
dans la nuit azur.




Laisser un commentaire