Road-trip en Grèce (2) : la Grèce du Nord

Année 2 : Albanie, Grèce & Turquie

3 semaines en Grèce du Nord : l’Épire et la Macédoine [Juillet-Août 2024]

Corfou, Ioannina, le mont Olympe et la Riviera olympique, l’ancien royaume de Macédoine, Thessalonique, Kavala
  • Corfou
  • L’Épire :
    • Ioannina
  • La Macédoine :
    • Mont Olympe : Dion, Litochoro
    • Riviera olympique : Olympiaki Atki, Château de Platamon, Palaios Panteleimonas
    • Ancien royaume de Macédoine : Vergina (Aigai), Naoussa (Mieza), Véria
    • Thessalonique
    • Kavala

Corfou

Après 3 belles semaines en Albanie et 1h30 de traversée en ferry depuis Saranda, me voici sur l’île de Corfou. Au revoir l’Albanie, bonjour la Grèce !

Saranda
Corfou

À l’aéroport de Corfou, je retrouve Christian, mon fidèle camarade de voyage (et de vie). Il y a 5 ans, nous faisions ensemble le tour du Péloponnèse. À présent, nous nous lançons à la découverte du nord de la Grèce, et particulièrement de deux régions aussi splendides que méconnues : l’Épire et la Macédoine.

En ce brûlant mois de juillet, alors que la saison touristique bat son plein, nous décidons de ne pas nous attarder à Corfou et de débarquer rapidement en Grèce continentale (ce qui nous permettra également de ne pas faire exploser notre budget). Nous passons néanmoins deux agréables journées à Corfou, notamment dans la capitale de l’île. En raison de son histoire, les influences vénitiennes y sont plus palpables que l’âme grecque.

Ioannina

Ce voyage en Grèce du Nord est le fruit de la rencontre de deux rêves. Le rêve de Christian : visiter les tombes macédoniennes de Vergina et Naoussa. Mon rêve : visiter Ioannina.

Hormis l’histoire et l’archéologie qui alimentent mes itinéraires, certains de mes rêves de voyage sont nés de la poésie et de la littérature. Ma fascination pour Ioannina est née il y a 4 ans, lorsque j’ai dévoré en moins d’un mois les quelques 1 500 pages du roman d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo (l’un de mes romans préférés depuis lors).

L’un des personnages les plus exotiques et énigmatiques de ce récit est une jeune femme au charisme magnétique, Haydée, la fille imaginaire d’Ali Pacha et de sa muse Kyra Vassiliki. Ces deux derniers ont réellement existé et leurs noms sont rattachés à celui de Ioannina, capitale de l’Épire.

L’acropole de Ioannina

Après une courte traversée en ferry Corfou-Igoumenitsa, puis 1h30 de trajet en bus (le bus part de la gare routière d’Igoumenitsa), nous foulons enfin la terre promise. Et loin de décevoir mes attentes nourries d’imaginaire, Ioannina les dépasse toutes.

Blottie sur les rives d’un grand lac de montagne, la petite ville de Ioannina nous distille pendant 4 jours sa magie suave et ses envoûtements orientaux.

Figure emblématique de la ville, Ali Pacha incarne superbement Ioannina, tant dans les contradictions de sa personnalité que dans le riche legs architectural de la ville.

Gouverneur de l’Épire durant plus de 30 ans (1788-1822), le fantasque, sanguinaire, cruel, éclairé et visionnaire Ali Pacha joue un rôle essentiel dans le développement d’un territoire immense englobant le sud de l’Albanie et une grande partie de la Grèce continentale, avec Ioannina pour capitale. Mais Ali Pacha finit par faire de l’ombre au pouvoir central de l’Empire ottoman. Le sultan décide alors de le destituer de ses fonctions et de le mettre à mort après avoir assiégé Ioannina. Défendu par ses nombreuses troupes, Ali Pacha meurt les armes à la main, sur l’île du lac de Ioannina.

Une mort littéraire pour un personnage qui l’est tout autant : despote éclairé, il invite à sa cour les grands noms de l’Europe occidentale (notamment lord Byron), à la chasse dans son domaine de Butrint en Albanie ou dans sa belle capitale, Ioannina. On doit à Ali Pacha une grande partie de l’architecture et des infrastructures ottomanes que l’on peut encore admirer aujourd’hui.

Au premier plan, la tombe d’Ali Pacha

Il serait long d’énumérer les trésors naturels et culturels dont la ville regorge. Je me contenterai donc de citer quelques activités incontournables : le musée byzantin, le trésor et le musée de l’orfèvrerie (sur l’acropole de Ioannina), le musée archéologique (dans le centre-ville), le musée d’Ali Pacha (sur l’île de Ioannina), les promenades au bord du lac, les terrasses de café, les boutiques d’orfèvrerie traditionnelle, les traversées en bateau, les déambulations sur l’île et la visite de la grotte de Perama.

Au pied du mont Olympe

Après 4 jours enchantés, nous nous rendons à la gare routière de Ioannina et prenons un bus pour Thessalonique (durée du trajet : 3 heures). Le gérant de la petite agence de location Capital Rent-A-Car, auquel nous avions fait confiance 5 ans auparavant lors de notre tour du Péloponnèse, vient gentiment nous chercher à la gare routière de Thessalonique et nous confie les clés de la voiture de location. Nous nous sentons comme en famille !

Pendant 5 jours, nous réalisons un petit circuit à l’ouest/sud-ouest de Thessalonique, entre le mont Olympe et l’ancien royaume de Macédoine.

La demeure des dieux grecs et le berceau d’Alexandre le Grand : que demander de plus ?

Premier arrêt : le musée et le site archéologique de Dion, rattaché au royaume de Macédoine. Le musée est très intéressant (notamment ses pierres tombales et son incroyable mosaïque), et l’immense site archéologique jouit d’une vue superbe sur le mont Olympe.

Second arrêt : le charmant village de montagne de Litochoro, au pied du mont Olympe. Cela nous donne envie de revenir au printemps ou à l’automne, avec une météo plus propice à la randonnée.

En arrière-plan, la silhouette découpée de la grise demeure des dieux grecs, l’Olympe.

La Riviera olympique

L’une des excellentes surprises de notre périple : nous découvrons (un peu par hasard) la beauté du littoral qui fait face au mont Olympe. Alternative intéressante aux plages de Chalcidique qui sont bondées en été, la Riviera olympique est encore peu connue des étrangers : on y croise essentiellement des familles grecques. La partie nord est plus tranquille que la partie sud, directement accessible aux habitants de la grande ville de Larissa.

Nous posons nos sacs à dos dans la station balnéaire d’Olympiaki Atki (littéralement « plage olympique ») et visitons, à une demi-heure de voiture, les environs du château de Platamon ainsi que le village traditionnel de Palaios Panteleimonas.

Dans un bar branché de la plage privée de Platamonas, nous gardons également le souvenir mi-amusé, mi-admiratif d’un DJ set d’un Grec de 80 ans, béret et chemise haïwaienne, dont la playlist électro-cubano-brésilienne nous a émerveillés ! Ça change de Radio Laikos qui tourne en boucle dans la voiture de location (car oui, depuis notre voyage d’il y a 5 ans, nous sommes devenus fans de bouzouki et de laiko, ce genre musical moderne adapté du rebetiko qui hante les tavernes de Thessalonique).

L’ancien royaume de Macédoine

3 jours captivants en compagnie de Philippe de Macédoine, d’Alexandre le Grand et de son maître Aristote.

Nous nous rendons tout d’abord à Vergina (nom antique : Aigai), capitale de l’ancien royaume de Macédoine, complètement tombée dans l’oubli pendant deux millénaires et récemment mise au jour par les archéologues. Les quatre tombes du tumulus de Vergina valent à elles seule le déplacement en Grèce du Nord. Et le trésor de la tombe du roi Philippe de Macédoine est l’un des plus extraordinaires que j’aie vus de ma vie.

Puis grâce à Google Maps, dans les environs de Naoussa (nom antique : Mieza), nous repérons plusieurs tombes macédoniennes très récemment découvertes au milieu des champs. Deux d’entre elles se visitent : la tombe du Jugement et la tombe des Palmettes. Un garde nous ouvre spécialement les grilles pour une petite visite privée (pas besoin de réserver, il suffit de s’y rendre aux heures d’ouverture).

Non loin de là, nous nous recueillons dans un bosquet sacré de la philosophie universelle : le nymphée d’Aristote, où ce dernier a dispensé ses enseignements au jeune Alexandre (le Grand) et à ses condisciples.

En fin de journée, depuis une terrasse panoramique du village perché de Naoussa, nous embrassons des yeux la légendaire plaine macédonienne tout en sirotant une limonade maison bien méritée.

Enfin, nous déambulons dans Véria et visitons son étonnant musée byzantin ainsi que ses quartiers juif et ottoman. Dans cette petite ville, nous sommes les seuls touristes et nous regardons les gens vivre. Véria, c’est la Grèce profonde comme nous l’aimons.

Thessalonique

C’est avec émotion que nous revenons poser nos sacs à dos à Thessalonique, 5 ans après. Quel bonheur d’être de retour !

Il n’y a pas de mots pour décrire l’ambiance bigarrée de Thessalonique. Je la compare parfois à Marseille, pour son mélange indescriptible de populations et d’époques. Toutefois, du point de vue historique et culturel, Thessalonique est un cran au-dessus : unique ville du monde à majorité juive jusqu’à la Seconde guerre mondiale, s’y mêlent la Macédoine d’Alexandre, l’empire byzantin de Constantin, l’Empire ottoman et les incalculables exils.

La mélancolie du rebetiko hante les rues et même les étudiants jouent du bouzouki. Thessalonique ne dort jamais et sa gastronomie est célèbre dans toute la Grèce !

En une semaine, nous avons le temps de participer à deux free tours organisés par l’intarissable Giorgos et de visiter quatre musées : le musée archéologique, le musée byzantin, le musée juif et le musée du cinéma. Absolument passionnant !

Kavala

Dernier arrêt avant la frontière turque : Kavala, petite ville côtière située à l’est de Thessalonique. Seule à présent, je m’imprègne de Kavala : son aqueduc, son château perché, ses murailles, ses plages et son port, son ambiance familiale et ses vues imprenables sur l’île de Thassos.

Demain, je prends l’autocar pour Istanbul.

Dis donc, drôle de machine, l’être humain ! Tu lui donnes du pain, du vin, du poisson, des radis, et il en sort des soupirs, des rires et des rêves. Une véritable usine !

Nikos Kazantzakis, Alexis Zorba
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