Road-trip en Égypte

Année 3 : Égypte & Maroc

Tournée pharaonique de 3 mois : Sinaï, Basse-Égypte et Haute-Égypte [Hiver 2024-25]

Conseils et remarques

  • Se loger : Ithaka Hostel El Raml (Alexandrie) où j’ai trouvé une nouvelle famille (je n’oublierai pas les jam sessions avec Samir, Yousry et Pepe jusqu’à 3 heures du matin) et Mr Hostel (Louxor) font partie des meilleures auberges de jeunesse d’Égypte. Côté hôtels, Mezorin Camp (Siwa) pour sa piscine d’eau chaude naturelle (la nuit, sous les étoiles) et Doroka Nubian House (Assouan) pour son cadre privilégié, sa déco et son gérant Ahmed, d’une fiabilité à toute épreuve.
  • Se déplacer à l’intérieur du pays : Go Bus et Blue Bus sont les compagnies d’autocar les plus fiables, les plus confortables et les plus faciles à réserver (via leurs sites Web). Éviter les plateformes intermédiaires de réservation (comme Bookaway) qui ne vous délivrent pas de numéro de place, car l’obtention du ticket le jour même peut se transformer en parcours du combattant (par exemple, dans une gare routière perdue où personne ne parle anglais). Par ailleurs, j’ai choisi de ne pas prendre le train, qui est devenu très onéreux depuis l’instauration d’un tarif spécial pour les étrangers.
  • Prendre le taxi : dans les grandes villes (Le Caire, Alexandrie), j’ai utilisé Uber dont les tarifs sont fixés par l’application. Dans les plus petites villes (Assouan, Louxor), j’ai utilisé InDrive, une application très pratique pour éviter d’avoir à négocier le prix en personne : au moment de réserver la course, je propose un prix (en général suggéré par l’application) qui est accepté par l’un des chauffeurs. Puis à la fin de la course, je lui verse ce montant en espèces sans avoir à négocier.
  • Retirer de l’argent : les seuls distributeurs qui ne prennent pas de commission sont ceux de la banque nationale d’Égypte. En ce début d’année 2025, 100 LE (livres égyptiennes) valent environ 2 €.

Dahab (1 mois)

De retour à Dahab après mon séjour d’octobre 2024, je retrouve mes amis, la mer Rouge et les montagnes du Sinaï qui n’ont pas bougé d’un pouce.

Je crée un groupe d’échange linguistique pour pratiquer le russe, et je chante le répertoire français et égyptien de Dalida (magnifique symbole de l’amitié des deux pays !) lors des open mic du restaurant Tota (tous les mardis et samedis soir). Et je fais aussi un peu la fête, bien sûr. C’est Dahab !

Je retrouve mon amie Lotte, rencontrée à Majorque. Je passe le plus clair de mon temps à travailler et à refaire le monde avec mes inséparables Tristan et Basel. Parfois je paresse devant Netflix avec Ramy. Je rencontre également de nouvelles personnes, en particulier Jordan, nomade digital depuis 10 ans, que je retrouverai lors d’aventures prochaines en Asie centrale.

Je plonge (enfin) sur le site du Blue Hole (The Bells est selon moi le meilleur spot du Blue Hole pour la plongée en bouteille).

Je visite l’antique monastère grec de Sainte-Catherine (la collection d’icônes est fabuleuse !) et j’entreprends l’ascension du mont Moïse, montagne sacrée pour les trois religions monothéistes. Lumineuse présence au sommet…

Je fais également quelques randonnées dans les wadis de Dahab. La vue est toujours aussi spectaculaire !

Le Caire (1 semaine)

Au bout d’un mois, je me dis que la vie sédentaire, même dans un lieu paradisiaque (voire utopique) comme Dahab, ce n’est pas pour moi. J’ai envie de voir du pays ! Avec Tristan, nous quittons Dahab et après 10 heures de bus et de nombreux checkpoints, nous voici au Caire ! Nous y restons trois jours, et quelques semaines plus tard je décide d’y retourner seule. En tout, j’aurai séjourné une semaine dans la capitale.

Au Caire, je retrouve mon amie Hagar (nomade digitale égyptienne, originaire d’Alexandrie) et je fais la rencontre d’Ibtissem, une Française d’origine algérienne qui passe plusieurs mois au Caire pour étudier l’arabe à l’Institut français. Toutes les trois, nous passons de merveilleux moments au Caire (avant le Ramadan) et à Alexandrie (pendant le Ramadan).

Le Caire est la capitale des mondes, de l’Égypte pharaonique à l’Islam médiéval. Le Caire est une ville tellement riche que je pourrais y consacrer un article entier ! Il faut se rendre d’un endroit à un autre en Uber, car les distances sont trop importantes pour pouvoir se déplacer à pied. Parmi les trésors du Caire :

Le musée égyptien du Caire (le plus ancien, près de la place Tahrir)

Le musée de la civilisation égyptienne (et ses 20 momies, dont celle de Ramsès II, qui ne peuvent pas être photographiées mais qui valent vraiment le détour)

La mosquée du sultan Hassan et la citadelle de Saladin

La mosquée Al-Azhar (haut lieu du savoir islamique) et le Vieux Caire islamique (on se croirait dans les Mille et une nuits !)

Le musée copte et le vieux Caire copte (chrétien)

Les promenades à Downtown, sur la corniche le long du Nil, à Zamalek, à Garden City et à Maadi, et la cuisine égyptienne (Hagoga, près de l’aéroport [cf. dernière photo], aura été ma meilleur expérience culinaire du voyage !)

Dans les environs du Caire, je me plonge avec délice dans l’univers des pyramides :

Les pyramides de Gizeh

Le Grand Musée Égyptien

Et la nécropole de Saqqarah (mon souvenir le plus précieux qui marque le début de ma passion pour l’égyptologie, grâce à mon guide et ami Omar qui, à coups de bakchichs, m’a montré de sublimes tombes fraîchement découvertes et interdites au public…)

Alexandrie (3 semaines)

Alexandrie, tu ne devais être qu’un lieu de passage entre Le Caire et Siwa. Et tu m’as conquise jusqu’aux tréfonds de l’âme…

Dès le premier instant, Alexandrie m’a ébloui. Beauté absolue, sans fard, beauté intransigeante comme je les aime. D’abord, ville de bord de mer. C’est essentiel. Fond bleu méditerranéen, de jour comme de nuit. La lumière, ensuite. Rose est Alexandrie.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de cette ville qui l’a ensorcelé il y a déjà plusieurs décennies, exprime à merveille la fascination qu’exerce Alexandrie sur les âmes errantes (comme la nôtre).

On ne va pas à Alexandrie, ou alors, c’est vraiment très rare. On ne s’y destine pas, mais on passe à Alexandrie, on traverse Alexandrie, dans le meilleur des cas on s’arrête à Alexandrie, on part d’Alexandrie, on quitte Alexandrie et bien souvent on évite Alexandrie, parfois même on fuit Alexandrie, à moins que ce ne soit Alexandrie qui vous fuie. Le hasard ne conduit pas à Alexandrie, seul le destin y porte, et c’est le destin encore qui vous en sépare, qui vous en arrache. C’est alors la mémoire qui prend le relais, cette fameuse mémoire, cette machine à calculer de l’industrie du souvenir et de la nostalgie, dont cette ville est la capitale universelle cent fois brevetée. Alexandrie ne vous quitte alors plus, plus jamais, on n’y retourne pas nécessairement, c’est ainsi, mais Alexandrie est là, en vous, là où vous êtes, vous l’emmenez avec vous. On a quitté Alexandrie et quelque chose de soi est resté à Alexandrie.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Soyons francs : il n’y a pas tant à visiter à Alexandrie, même aujourd’hui, qu’on sente la nécessité de décrire, rue après rue, monument après monument, citerne après citerne, une cité dont la puissance d’évocation, le plaisir d’y vivre reposent sur bien d’autres recettes que celles qui peuvent attirer les touristes pressés.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Alexandrie, c’est le royaume de la perte de mémoire. Ville faite de gouffres, d’empilements, de blancs et de noirs, de surgissements et d’enfouissements. Mémoire trouée, incohérente, couturée. On y oublie souvent l’essentiel. On y retient presque toujours l’arbitraire, l’infime, le dérisoire. Ces trous de mémoire sont l’aubaine des écrivains, ils y glissent leurs mots, comblent les vides.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Fragile, immatérielle Alexandrie. De naissance comme de mémoire. Poussières de rêves, très fines particules de vie.
Craie, farine, poussière blanche, qu’importe : dès l’origine, cette ville se distingue par son poudroiement, sa fragmentation infime, ses impondérables traces. Par sa capacité à apparaître ou disparaître sous le pied d’un cheval ou le bec d’un oiseau.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Eskendereya, mon amour ! Royale, belle, heureuse, sacrée, féconde, mémorable, très brillante, grande… La fiancée de la Méditerranée.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Je compris alors définitivement que d’Alexandrie, on ne pouvait écrire un guide, une promenade, une histoire véridique, ni faire un essai savant, ni la résumer en un alphabet, ni même se lancer dans un énième roman d’imagination vécue, mais que cette ville ne se vivait que comme un bazar se vit, un vaste bazar, et qu’il fallait l’accepter ainsi, comme les Alexandrins l’aiment. Mettre sur le même plan Callimarque, Dalida, Strabon et Georges Moustaki, la glorieuse époque des savants du Musée, celle d’Amr Ibn al-As, le général musulman qui prit la ville en 642 ap. JC, scellant ainsi son destin arabe, l’Alexandrie des Mamelouks, celle du siècle de Mohammed Ali et ainsi de suite, jusqu’à faire un vrai souk de faits, de dates, de caresses, de visages, d’hommes et de dieux.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

En définitive, Alexandrie l’insaisissable se dissout lorsqu’on essaie de l’enserrer dans le creux de la main. On y cherche la dépouille d’Alexandre le Grand qu’on trouvera peut-être un jour, quelque part sous un parking. On y parle arabe, grec, italien, français. Et on s’y attarde 3 semaines, 3 ans ou le reste de sa vie.

Alexandrie, ce n’est rien, rien d’autre que soi, évidemment. Cette liberté que la ville vous donne de jouer avec soi. Jusqu’à la destruction. Phare englouti, livres brûlés, murs détruits, amours ruinées, photos volées.

Olivier Poivre d’Arvor, Le Roman d’Alexandrie

Siwa (1 semaine)

Loin du brouhaha des grandes villes, dans le désert, près de la frontière libyenne, l’oasis de Siwa déploie à perte de vue ses palmeraies, ses lacs, ses promontoires rocheux et son silence.

À 10 heures de bus d’Alexandrie, Siwa se mérite. Voyageurs pressés, s’abstenir.

Mon activité préférée à Siwa : faire le tour du lac de l’ouest à vélo. Pédaler dans un décor irréel en toute tranquillité, quel luxe, quel délice ! Un lac au milieu du désert : l’abondance, là où il ne pleut jamais.

Les lacs de l’est, plus célèbres, abritent les piscines d’eau salée où les influenceurs flottent comme des canards, à la surface. Cependant, il s’agit d’une zone industrielle d’extraction de sel… cadre assez peu bucolique, donc. Mais il est vrai que les couleurs sont belles.

Alexandre le Grand aurait consulté l’oracle du temple de Siwa avant de s’en retourner fonder Alexandrie sur la côte, à des centaines de kilomètres de là. Berceau des amazighs (berbères) de l’ouest de l’Égypte, perdue entre le Sahara et la brillante civilisation du Nil, Siwa est complètement en marge.

L’oasis de Siwa est le lieu idéal pour se reposer, marcher, faire du vélo, se délasser dans des piscines naturelles d’eau chaude, fermer les yeux et se laisser vivre.

Assouan (1 semaine)

Le Caire / Assouan en bus : 15 heures (prendre un bus de nuit).

À l’extrême sud de l’Égypte, près de la frontière soudanaise, Assouan est la capitale du pays nubien. Ici le temps s’écoule différemment, au rythme lent des felouques (voiliers traditionnels) sur le Nil.

Première excursion incontournable : Abu Simbel, à 3 heures de route d’Assouan. Le gigantisme et l’ego de Ramsès II ont accouché de deux temples complètement démesurés. Dans les années 1960, menacés par la montée des eaux suite à la construction du haut barrage d’Assouan, les temples ont été démontés pierre par pierre, puis reconstruits à 200 mètres du rivage. Pour le plus grand bonheur des amateurs d’égyptologie.

Autre incontournable d’Assouan : le temple d’Isis sur l’île de Philae (à ne pas confondre avec le petit temple d’Isis du centre-ville d’Assouan, que je ne recommande pas). Également menacé par la montée des eaux suite à la construction du haut barrage d’Assouan, le temple d’Isis a été démonté pierre par pierre, puis reconstruit sur l’île de Philae. L’arrivée en bateau est merveilleuse et la visite du site l’est tout autant.

Je vous conseille également de vous rendre sur l’île du jardin botanique d’où l’on jouit d’une vue merveilleuse sur les dunes du Nil et quelques mausolées. Et s’il vous reste du temps, vous pouvez vous rendre au village nubien et au musée de la Nubie (pour les passionnés qui veulent en savoir plus sur les pharaons noirs et le royaume de Napata / Meroe).

Je vous déconseille fortement le site de l’obélisque inachevée ainsi que le petit temple d’Isis du centre-ville d’Assouan, il n’y a rien à voir. Et évitez de déambuler au hasard dans les rues désertes : aux alentours du petit temple d’Isis, j’ai failli me faire voler mon sac à main dans une ruelle louche par un individu tout aussi louche (l’unique incident de mon road-trip égyptien, ce pays étant dans l’ensemble très sûr). Pour tout trajet dans le centre-ville d’Assouan, prenez un taxi.

Felouque sur le Nil, d’Assouan à Edfou

À l’improviste, je me greffe sur un groupe de Français sympathiques pour faire un bout de chemin en felouque (voilier traditionnel). 3 jours et 3 nuits au fil de l’eau, à la découverte d’une vie simple sur le Nil, pour mon plus grand bonheur !

En chemin, nous amarrons la felouque et sautons sur le quai pour visiter le formidable site archéologique de Kôm Ombo, situé directement sur la berge du Nil.

À Edfou, au sud de Louxor, nous quittons la felouque et visitons le temple d’Horus dont les hiéroglyphes sont admirablement préservés, d’une fraîcheur étonnante.

Au nord de Louxor, à Dendera, se trouve un autre temple remarquable : le temple d’Hathor. Les peintures aux couleurs vives sont parmi les mieux préservées d’Égypte.

Louxor (1 semaine)

Quand j’ai annoncé à mes amis égyptiens que j’allais rester une semaine entière à Louxor, ils m’ont répondu : mais pourquoi ? Au bout de deux jours, tu auras tout vu et tu en auras marre, ça grouille de touristes et de rabatteurs…

Résultat : j’ai adoré Louxor, et une semaine ne m’a pas suffi à épuiser la quantité impressionnante de trésors archéologiques que recèle Thèbes (Louxor), capitale du Nouvel Empire (Ramsès II, Hatchepsout, etc).

Comme dans le cas du Caire, je me dois de faire la liste des trésors que j’ai pu admirer à Louxor/Thèbes :

Le temple de Louxor et l’allée des Sphinx

Le (gigantesque) temple de Karnak

La vallée des Rois

Le temple funéraire dHatchepsout

Le temple d’Amon (aux très belles couleurs)

La vallée des artisans (tout simplement LES peintures les mieux préservées d’Égypte !)

Le musée de Louxor

Le vol en montgolfière au-dessus de Louxor (à un prix défiant toute concurrence, 25 € par personne !)

…et les petits plaisirs de la vie à Louxor (la vue plongeante sur le temple de Louxor depuis mon resto préféré, la piscine sur le Nil…)

Pour clore ce chapitre de mon itinérance, je dirais que les Égyptiens d’aujourd’hui sont des gens intéressants, généreux et attachants qui vivent dans un pays qui l’est tout autant.

À présent, il est temps de dire : ma’a salama Masr…

Mon espoir a toujours été, ô ma patrie
Je me rappelle, ô ma patrie
Je resterai toujours à tes côtés
Les souvenirs s’accumulent
Souviens-toi, ô ma patrie
Mon cœur est plein de souvenirs
Souviens-toi, ô ma patrie
Le premier amour était dans ma patrie
Comment pourrais-je t’oublier, ô ma patrie
Où sont les jours d’autrefois

Dalida, Helwa ya baladi (traduction française)
Articles similaires

Laisser un commentaire