Road-trip en Grèce (3) : la Crète

Année 3 : Grèce, Balkans & Turquie

1 mois en Crète [Avril-Mai 2025]

Terre natale du Greco et de Kazantzakis

La Crète ! Enfin, je foule la terre natale du Greco et de Kazantzakis. Terre tant fantasmée et désirée !

Patrie de l’immense peintre Domínikos Theotokópoulos, actif en Espagne au XVIe siècle sous le nom de « Le Greco » (El Greco, littéralement « le Grec ». Ils ne se sont pas fatigués pour lui trouver ce surnom…). Le Greco, peintre visionnaire et résolument crétois, aux influences byzantines et vénitiennes, a inspiré par son style profondément personnel et original des générations de peintres, jusqu’aux avant-gardes du XXe siècle.

À gauche, Kazantzakis ; au centre, Le Greco ; et à droite, un poète crétois du XVIIe dont j’ai oublié le nom.

Île natale de l’écrivain (non moins immense) Nikos Kazantzakis, très haut placé dans mon panthéon personnel. Auteur majeur de la littérature universelle du XXe siècle, célèbre pour son roman Alexis Zorba (immortalisé par Anthony Quinn [qui n’était pas grec] dansant le sirtaki [danse spécialement inventée] dans le film hollywoodien Zorba le Grec. Mais c’est un film à voir !).

Sur les hauteurs d’Héraklion, près de la tombe de Nikos Kazantzakis

Il existe une filiation entre Le Greco et Kazantzakis, puisque ce dernier a écrit un très beau récit autobiographique qui évoque en détail la Crète de son enfance, et qui s’intitule Rapport au Greco.

Nous n’avons qu’un seul instant à notre disposition ; transformons cet instant en éternité : il n’est pas d’autre immortalité.

Nikos Kazantzakis, Rapport au Greco

Cette initiation crétoise est donc placée sous les auspices du Greco et de Kazantzakis. Je pars également dans le sillage de la brillante civilisation antique dont la Crète est le berceau, dénommée civilisation minoenne, du nom du roi Minos, personnage mythologique dont Kazantzakis (parfois orthographié Kazantzaki en français) a fait l’un des personnages principaux de son roman d’aventures néo-mythologique, Dans le palais de Minos.

Comme vous le savez, j’adore lire des livres en lien avec mes voyages

Pour en revenir à des considérations d’ordre pratique concernant ce séjour d’un mois en Crète :

  • Mon oncle a fait construire une maison dans le sud de la Crète, près de Plakias, et nous étions censés l’inaugurer en famille pendant ce voyage. Mais en raison de violentes intempéries ayant touché la Crète au printemps 2025, la date de livraison de la maison a été reportée, et j’ai finalement déniché un Airbnb de dernière minute à Réthymnon.
  • Ces conditions particulières expliquent l’absence de location de voiture, la totalité de mes déplacements en bus (ce qui s’est révélé très pratique, d’ailleurs) et un voyage centré autour des villes de la Crète, faciles d’accès : Héraklion, La Canée et Réthymnon. Je n’ai pas pu explorer autant que je l’aurais souhaité la sublime nature qui fait la renommée de l’île. Ce sera pour une prochaine fois !
  • J’ai visité Héraklion et La Canée en solo, et j’ai passé deux semaines à Réthymnon avec ma maman et mon oncle.

Héraklion

J’y ai passé plusieurs jours, à plusieurs reprises. Je n’aurais pas imaginé que de toutes les villes de Crète, celle qui me plairait le plus serait Héraklion. Et pourtant, c’était prévisible… Ville natale de Kazantzakis dont la présence est très palpable, moins spectaculaire que la Canée, moins léchée que Réthymnon, Héraklion avait tout pour me plaire.

Ci-gît Nikos Kazantzakis, dont la tombe sans nom porte l’inscription suivante :

Δεν ελπίζω τίποτα
Δε φοβάμαι τίποτα
Είμαι λέφτερος

Je n’espère rien
Je ne crains rien
Je suis libre

Héraklion, un patchwork un tantinet bordélique (juste ce qu’il faut). Son histoire métissée (grecque, vénitienne, ottomane), sa douceur méditerranéenne, son fort vénitien, sa fontaine vénitienne, ses palais vénitiens, son port et sa jetée, sa vie locale. Une atmosphère authentique, des gens authentiques. Le contraire d’une ville-musée.

Portrait et citation de Nikos Kazantzakis (street art sur la jetée) :
« Aimer la responsabilité. Se dire : moi seul, j’ai le devoir de sauver la Terre. Si elle n’est pas sauvée, ce sera de ma faute. »

Et puis, à Héraklion, j’ai rencontré Markos.

Tout a commencé lorsque j’ai voulu visiter le musée d’histoire de la Crète.

Pas le musée archéologique d’Héraklion, pas celui que tout le monde connaît (et à juste titre). Non, pas celui-là, tout simplement parce que je l’avais déjà visité deux jours auparavant. Et le musée archéologique d’Héraklion est en effet incontournable. Il s’agit du deuxième plus important musée archéologique de Grèce (après le musée archéologique d’Athènes, et ce n’est pas peu dire…) et du plus important musée du monde sur la thématique de la civilisation minoenne. Les fragments préservés des fresques originales du palais de Cnossos y sont également exposés. Que de trésors inestimables !

Tout a commencé, donc, lorsque j’ai voulu visiter un autre musée d’Héraklion : le musée d’histoire de la Crète. Je suis entrée dans le musée, et Markos était là. Markos, le gars de la billetterie. Un gentil Crétois de 37 ans, au visage souriant. J’ai articulé quelques phrases en grec, Markos était ravi.

Puis je me suis rendue au premier étage et j’ai vu le tableau du Greco intitulé « Sainte-Catherine du Sinaï » (comment ça, tout est lié ?). Forcément, le tableau m’a rappelé des souvenirs. Un tableau d’une justesse incroyable. Le Greco a merveilleusement dépeint l’atmosphère spirituelle et les jeux de lumière hallucinants du mont Moïse.

Oui, je sais, la caméra de mon appareil photo n’est pas terrible, surtout avec les reflets…

Markos était assis dans le couloir à côté de la salle du tableau, et nous avons commencé à discuter. Pour moi, il était simplement le gars de la billetterie au rez-de-chaussée, mais j’aime bien discuter avec tout le monde. Bref, nous avons parlé du tableau, puis du Greco, puis d’Héraklion, puis de Kazantzakis, puis du palais de Cnossos… et là je me suis dit : wouah, il en sait des choses, ce Markos. Puis il m’a dit qu’il avait fait des études d’histoire et d’archéologie, qu’il était féru de littérature et de philosophie grecques, et là j’ai compris que les gens qui travaillent dans les musées, même à la billetterie, peuvent être très érudits.

Au bout d’une heure de conversation, je me suis dit qu’il était temps de visiter le reste du musée. Au dernier étage se trouve la collection de Nikos Kazantzakis. Son bureau a été reconstitué et de nombreux objets personnels y ont été rassemblés. J’adore visiter la bibliothèque des grands écrivains (surtout de ceux que je chéris), notamment pour savoir quels auteurs les ont le plus marqués.

En définitive, ce musée est un petit bijou très composite : on y trouve des vestiges vénitiens, des cartes ottomanes, des tableaux du Greco, des affiches de la Seconde Guerre mondiale, une collection ethnologique et la collection dédiée à Kazantzakis.

Par la suite, j’ai revu Markos et nous avons passé du temps ensemble. J’en garde un souvenir très doux, poétique et léger…

Nous avons admiré des icônes crétoises dites post-byzantines (ci-dessus), bu des cafés glacés à la grecque, mangé des mezzés typiquement crétois dans des ruelles adorables aux petites terrasses cachées, et passé des heures dans une librairie comme on n’en fait plus où le libraire (ami de Markos) coud, relie et vend ses propres carnets…

J’en suis ressortie avec un carnet fait main (où je consigne mes poèmes), une gravure de Candie (l’ancien nom d’Héraklion) au XVIIe siècle, qui trône actuellement sur mon bureau (et ce, partout où j’habite), des marque-pages découpés dans des revues littéraires, un tote bag que j’utilise tous les jours et une rare anthologie bilingue de la poésie grecque moderne (que j’ai expédiée quelque temps plus tard, par la Poste bulgare, à mon cher Christian pour enrichir notre bibliothèque parisienne. Et par miracle, l’anthologie est parvenue à son destinataire… les affres de la Poste bulgare, c’est une autre histoire que je raconterai plus tard).

Je garde également un beau souvenir des promenades sur la jetée d’Héraklion au coucher du soleil. Et comme souvent, dans ma vie nomade, les lieux et les personnes ne font qu’un dans mon cœur.

Markos n’a ni Instagram, ni Facebook, ni WhatsApp. Nous communiquons par SMS et quand je suis hors de l’Europe, nous faisons du hors-forfait et ça me rappelle les bonnes vieilles années 2000. Une relation empreinte de poésie.

Héraklion, Markos, je reviendrai.

Cnossos

Palais de Cnossos, dit palais de Minos, à quelques kilomètres d’Héraklion. Revu à la sauce moderne par l’archéologue britannique Arthur Evans qui en a découvert les vestiges à la fin du XIXe siècle, a racheté le terrain et a mené les restaurations à sa manière (à l’époque, on pouvait vraiment faire n’importe quoi avec les sites et objets archéologiques). Le palais de Cnossos est en réalité le palais d’Arthur Evans. Pour la véracité historique, on repassera, mais il faut reconnaître que ça a de l’allure (même si c’est beaucoup trop cher ! 20 € l’entrée en mai 2025).

La Canée (Chania)

J’ai moins de choses à raconter sur La Canée, bien que ce soit une très belle ville, très élégante et chic. J’y ai passé des moments agréables, notamment le long de la jetée où, certains après-midis, je m’asseyais sur les marches pour lire Kazantzakis à l’ombre des fortifications. Je pense que La Canée ne peut pas ne pas plaire. Son patrimoine architectural est exceptionnel et la vie y est douce.

En revanche, je ne recommande pas le musée archéologique de La Canée, extrêmement cher (15 €) pour ce qu’on peut y voir (essentiellement des objets grecs tardifs et romains). Après avoir visité le musée archéologique d’Héraklion, on ne peut être que déçu.

Le sud (1) : gorges d’Imbros et Skafiá

Réthymnon

J’y ai passé deux semaines tranquilles, en compagnie de ma maman et de mon oncle. Lieu parfait pour se reposer, ambiance familiale et bons restaurants. Un patrimoine architectural tout aussi exceptionnel que celui de La Canée. Une jolie promenade aménagée en bord de mer. Vraiment très agréable, mais la ville est petite et manque un peu d’animation à mon goût.

Mon endroit préféré à Réthymnon : l’Acropole. Un lieu hors du temps !

Le sud (2) : Plakias, gorges de Kourtaliotiko, Damnoni et Preveli

Le sud de la Crète est moins urbanisé que le nord, plus préservé, et ça commence à se savoir. J’ai bien aimé Plakias, petit village de pêcheur au littoral charmant. Tant mieux, car je vais y passer du temps à l’avenir.

Petite dédicace à Lætitia et Catherine que j’ai rencontrées ce jour-là : merci les filles, j’ai passé de super moments en votre compagnie !

Les plages autour de Plakias sont renommées pour leur beauté. La plus difficile d’accès, Preveli, est certainement la plus impressionnante. Mais la plage de Damnoni, d’où part le bateau pour Preveli, est également à voir. Et au nord de Plakias, la courte randonnée pour se rendre dans les gorges de Kourtaliotiko est agréable : la petite église est très pittoresque, ainsi que la cascade.

Le vent du départ a soufflé de nouveau dans mon esprit. Jusqu’à quand ce vent soufflera-t-il dans mon esprit ? Fasse Dieu qu’il souffle jusqu’à ma mort. La joie de se séparer de la terre ferme et de s’en aller ! De couper la corde qui nous lie à la certitude et de s’en aller ! De regarder derrière soi et de voir s’éloigner les hommes et les montagnes que l’on aime !

Nikos Kazantzakis, Rapport au Greco
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