Road-trip dans les Balkans : Macédoine du Nord et Bulgarie (et Saranda et Istanbul)

Année 3 : Grèce, Balkans & Turquie

5 semaines entre nouveautés (Macédoine du Nord, Bulgarie) et retours (Saranda, Istanbul) [Juin 2025]

Albanie

Saranda

Après avoir pris le ferry d’Igoumenitsa à Corfou, puis de Corfou à Saranda, me voici arrivée au port de Saranda en moins de 3 heures, montre en main.

Vue sur Corfou depuis le château de Saranda

Je retourne passer une dizaine de jours à Saranda pour une raison précise : passer du temps avec Rubina et Ariona, que je considère comme mes petites sœurs. Cette année, je m’occupe aussi de Tracy, leur cousine.

Cherchez l’erreur ! 😂

Dans un registre plus « adulte », je croise à Saranda mon ami voyageur Chris, que j’ai rencontré il y a quelques mois en Égypte (Alexandrie, Louxor) et qui passe le reste de l’année dans les Balkans.

Dénicher l’autocar de Saranda à Ohrid : l’épreuve du feu !

À la « gare routière » de Saranda (= une dizaine d’autocars éparpillés autour de l’une des grandes places du centre-ville), quelques jours avant mon départ, je cherche une compagnie d’autocars censée assurer ce trajet une fois par jour.

Tout d’abord, l’employé d’une autre compagnie m’affirme d’un ton péremptoire et moqueur qu’à Saranda, aucun autocar ne dessert Ohrid. Je lui rétorque qu’il existe une compagnie d’autocars qui dispose d’un site Internet sur lequel j’ai trouvé l’information.

Il me regarde partir d’un air narquois et je me rends au point indiqué par Google Maps. Mais il n’y a pas de compagnie d’autocars, juste un café (dans son jus). Contrariée, je me dis que l’employé avait raison et qu’il faut toujours écouter les locaux, quand une dame sirotant son café à une table me dit en anglais : « vous cherchez la compagnie d’autocars ? » Je réponds par l’affirmative. Elle m’annonce, tel un oracle : « l’autocar part tous les matins à telle heure, devant ce café. Prévoyez tel montant en espèces et venez un peu en avance ». Je lui demande de confirmer une fois, deux fois, trois fois, puis je repars.

Le jour J, je me rends au café en pensant : « pourvu que cette dame ne m’ait pas raconté n’importe quoi ». Mais à l’heure dite, se trouve en effet, devant le café, un fourgon d’une quinzaine de sièges à destination d’Ohrid (…faut pas trop compter sur la clim’, quand même). Un miracle à l’albanaise (signé Mère Teresa).

Ce pays ne cessera jamais de me surprendre !

Au revoir Saranda !

Macédoine du Nord

Ohrid

Première étape en Macédoine du Nord : l’incontournable ville d’Ohrid nichée sur la rive est du lac qui porte son nom (la rive ouest se trouve en Albanie).

La promenade sur la rive est du lac d’Ohrid

Une ville mignonne, bien qu’un peu « ville-musée » à mon goût, remplie de boutiques de touristes et de restaurants élégants. Du point de vue archéologique, Ohrid ne tient pas ses promesses : le théâtre antique fait grise mine. Il n’en reste que les gradins, et encore, en mauvais état. Heureusement, les églises et les maisons anciennes sont mieux conservées. Côté nature, la promenade sur la rive est du lac d’Ohrid est agréable, mais très construite. Je prends donc la décision de ne pas m’attarder à Ohrid et de me rendre dans le sud du pays, à Bitola.

Bitola

Lors de ma précédente visite à Thessalonique, j’ai visité la maison d’Atatürk, véritable curiosité juridique, car la maison appartient à l’État turc tandis que le sol appartient à l’État grec. J’y ai appris qu’Atatürk était né à Thessalonique, puis avait fréquenté l’école militaire de Bitola avant de poursuivre sa formation à Istanbul (Constantinople). Il y a un peu plus d’un siècle, Bitola, Thessalonique et Constantinople faisaient partie du même empire. Désormais, ce sont trois pays et autant de frontières à franchir.

Cette anecdote concernant Bitola ayant piqué ma curiosité, je désirais m’y rendre pour admirer ce lieu qui, de l’Antiquité jusqu’au début du XXe siècle, fut un carrefour majeur des Balkans et une ville culturelle importante avant de sombrer dans l’oubli le plus total.

D’emblée, mon intuition se révèle exacte : il n’y a absolument aucun touriste. Personne ne se rend à Bitola, sauf à y habiter. Dans la rue, tout le monde me regarde d’un air ahuri, l’air de dire : « T’es qui, toi ? Et qu’est-ce que tu fais ici ? ».

Sur le plan architectural, Bitola est une perle bigarrée : ses façades Art nouveau aux influences néo-ottomanes, rivalisant de faste, illustrent la splendeur qui était celle de Bitola au début du XXe siècle.

Le Vieux bazar de Bitola, qui s’appelait autrefois le « Montmartre » de Bitola, rend cette ville (déjà étrange) proprement « bizarre » : il s’agit d’un quartier fantôme, d’une « ville déserte » à l’intérieur de la ville. Un terrain de jeu intéressant pour les amateurs d’urban exploration !

En définitive, l’ambiance de Bitola est celle d’une ville de province où les habitants vivent tranquillement dans un décor de théâtre bigarré, à la fois beau et bizarre. J’aime ce genre de lieu complètement décalé. Avec la satisfaction d’être la seule touriste !

Au milieu de la place, une statue équestre de Philippe de Macédoine.
Sa dénomination officielle est « statue du fondateur d’Héraclée » pour éviter un conflit avec la Grèce.
Surtout, ne pas lancer le débat avec des Grecs.
J’ai essayé, il ne vaut mieux pas.
D’ailleurs, les Grecs appellent ce pays « Skopje », et pas « Macédoine du Nord ».
Car selon eux, la « Macédoine du Nord », c’est chez eux.

(Mais bon, les Grecs appellent aussi Istanbul « Constantinople »…)

L’autre raison m’ayant motivée à me rendre à Bitola est la présence du plus important site archéologique de Macédoine du Nord : Heraclea Lyncestis. Sans aucun doute, l’un des plus beaux sites archéologiques des Balkans. Les mosaïques au sol (qui sont parfaitement intactes !) sont parmi les plus belles mosaïques romaines (tardives) que j’aie jamais vues. Et le théâtre antique est somptueux, avec une vue imprenable sur les montagnes.

Ça a nettement plus d’allure que le théâtre antique d’Ohrid !
Côté sécurité, en revanche, ça laisse à désirer…
Cette sculpture romaine est posée sur un socle, sans vitres, sans carton d’information, sans vigile, sans caméra, sans rien.
Si j’étais partie avec la sculpture sous le bras, personne ne s’en serait aperçu.
(Comment ça, ça vous rappelle un fait divers récent ?)

Un beau matin de juin, le jour de mon anniversaire (35 ans), je me lève avant l’aube (aïe !) et me rends à la gare routière de Bitola, direction la Bulgarie.

Ma récompense et mon cadeau d’anniversaire. Tous les matins du monde.

Bulgarie

Sofia

Charmante capitale de la Bulgarie, Sofia est une belle ville au riche patrimoine culturel et archéologique. Sa vie nocturne est animée, sa nourriture délicieuse et ses environs propices à la randonnée et aux activités de plein air. Bref, vous l’aurez compris, Sofia a tout pour plaire. Les nomades digitaux ne s’y sont pas trompés, car Sofia est devenue l’une de leurs villes préférées en Europe. Pour ma part, je n’y habiterais pas, mais je suis sensible au charme de Sofia.

Sur le plan architectural, Sofia mêle harmonieusement élégance bourgeoise et brutalisme communiste. Par ailleurs, ses églises historiques sont magnifiquement conservées. Hormis la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski de Sofia (du nom d’un saint russe, ce qui est remarquable en soi), emblème de la ville, citons la rotonde Saint-Georges, qui date du IVe siècle et se trouve en plein centre-ville, et l’église de Boyana, dont les fresques du XIIIe siècle ont inspiré Giotto (fort probablement, au vu des visages expressifs) et sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco (les photos étant interdites à l’intérieur de l’église, j’ai ajouté une photo trouvée sur Internet).

Sur le plan archéologique, l’un des éléments les plus remarquables de Sofia est le site de Serdica (ancien nom de Sofia) en plein cœur de la ville, qui se trouve littéralement à l’entrée des différentes bouches de métro (arret « Serdica »). C’est impressionnant et inspirant, parfaitement intégré au paysage urbain et à la vie quotidienne des habitants. L’archéologie comme on l’aime.

Sur le plan artistique, concernant l’art moderne (de la Renaissance à nos jours), Sofia n’est pas une ville majeure. En revanche, dotée de collections archéologiques de premier ordre et d’icônes médiévales d’une étonnante originalité (en mosaïque, en métal, en céramique), Sofia a tout d’une grande. Ci-dessous, les collections du musée d’histoire de Sofia, du musée archéologique de Sofia et du musée national d’histoire.

Rila

À deux heures de route de Sofia se trouve le Parc national de Rila, célèbre pour son monastère classé au patrimoine mondial de l’Unesco et pour ses 7 lacs de montagne.

Concernant le monastère de Rila : un haut lieu spirituel aussi bien qu’un haut lieu de l’histoire de la peinture. Remarquable, unique, sublime. Pas grand-chose à ajouter.

Concernant les 7 lacs : chaque lac est différent, les heures de la journée contribuent également aux jeux d’ombre et de lumière. La zone des lacs est accessible au moyen d’un téléphérique. Nombreuses possibilités de randonnées plus ou moins longues. La nature est splendide.

Plovdiv

Autant j’ai été agréablement surprise par Sofia, autant j’ai ressenti une relative déception à Plovdiv. De nombreux voyageurs m’en avaient dit du bien, trop peut-être, alors qu’à mon sens, sa réputation est un peu surfaite. Je pourrais nommer cela « effet Ohrid ». Plovdiv est très photogénique, mais c’est une ville plus spectaculaire sur les photos que dans la réalité.

Alors oui, les maisons de la vieille ville sont belles. Oui, le panorama du haut de la colline est joli. Mais pas de quoi en faire, selon moi, the place to be.

Et ne parlons pas des monuments romains, d’une importance exceptionnelle certes, mais mal protégés et ouverts aux quatre vents. Ici, un restaurant dans les gradins (!), soi disant pour valoriser le patrimoine (d’après le carton d’information financé par l’Union européenne), là, un parking le long des stèles… Ça me gâche le plaisir. C’est le contraire de ce qu’il faudrait faire pour intégrer au paysage urbain un patrimoine archéologique aussi remarquable, de façon sécurisée. Seul le théâtre antique est bien protégé, car il sert de lieu de concert et de spectacle (et ça, c’est important !).

Vue depuis la terrasse du restaurant, dans les gradins !

Sans compter que le seul musée de Plovdiv que je désire visiter est fermé pour cause de travaux…

Enfin, il convient de mentionner un détail extrêmement étrange, cependant invisible sur la carte topographique de Plovdiv : la configuration des routes dans cette ville n’a pas de sens. Tout semble fait pour faciliter la circulation des véhicules. Les piétons doivent souvent emprunter des tunnels (de l’époque communiste) pour traverser la chaussée, car il y a peu de passages piétons. Pas très convivial !

Train panoramique de Plovdiv à Bansko

Je me console de ma relative déception dans le petit train historique qui « chemine » de Plovdiv à Bansko. 5 heures panoramiques, pour une vitesse moyenne de 35 km/h. Je peux toucher les branches des arbres et la roche des falaises juste en tendant le bras depuis la fenêtre. La rivière est à 3 mètres des rails. En guise de passagers, quelques locaux qui cassent la graine avec entrain. Difficile de faire plus pittoresque ! Un train (décidément) pas comme les autres.

Dire qu’au départ, je comptais prendre l’autocar… Par erreur, j’achète un billet à la gare ferroviaire, et au bout d’une quinzaine de minutes, je me rends compte que le trajet de 150 km dure 5 heures (!). Puis je fais une rapide recherche sur Internet et découvre l’existence de ce vieux train. Un très heureux hasard.

Bansko

L’objectif principal de mon séjour en Bulgarie est de participer au Bansko Nomad Fest, le plus grand festival de nomades digitaux au monde (700 participants en 2025) qui a lieu chaque année, fin juin, dans le petit village de montagne dénommé Bansko.

Ce village abrite une importante communauté de nomades digitaux qui sont attirés par le faible coût du logement et de la nourriture, la beauté des montagnes et du village lui-même, ainsi que la qualité de vie grâce aux infrastructures dédiées aux nomades digitaux (coworkings, salles de sport, etc.).

C’est la première fois que je participe à un Nomad Fest : une semaine de conférences, d’ateliers, d’activités en tout genre (yoga, méditation, danse, buffets…) et de soirées électro dans des lieux hallucinants (spa gigantesque et extrêmement chic, forêt). Plus que les conférences officielles (très axées sur l’intelligence artificielle, le marketing digital, etc.), j’ai aimé le festival off, c’est-à-dire les ateliers en petit groupe sur des sujets aussi variés que l’investissement immobilier dans diverses parties du monde, l’équilibre travail-loisir en voyage, la quête de sens, les relations humaines en tant que nomade, ou encore la faisabilité d’un voyage en Afghanistan ou en Irak.

Et bien sûr, j’ai adoré les soirées électro. Je m’y suis fait un groupe d’amis (les puristes de l’électro, ceux qui aiment Berlin et Barcelone, et qui dansent en transe jusqu’au petit matin alors que tous les autres sont partis se coucher pour être en forme le lendemain), ainsi qu’un important réseau de nomades digitaux (et moins digitaux pour certains) que je recroiserai très certainement à l’avenir, un peu partout dans le monde.

J’ai également repéré deux Nomad Fest auxquels j’aimerais bien participer dans les prochaines années : Alanya (Turkiye Nomad Fest) en octobre et Alicante (Alicante Nomad Summit) en avril (oui, je sais, Alicante… J’ai toujours pensé qu’Alicante avait du potentiel !).

Turquie

Istanbul

Depuis Bansko, je prends l’autocar pour Sofia, puis un autre autocar (direct) Sofia-Istanbul. Deuxième fois que je franchis la frontière turque par voie terrestre (et certainement pas la dernière !)

Joie d’être de retour !

Depuis l’été dernier, l’hyperinflation et la hausse artificielle des prix qui s’en est suivie ont rendu l’alimentation chère à Istanbul et dans le reste de la Turquie. Je m’en retourne manger à la cantine Pehlivan, une valeur sûre dont les prix n’ont pas bougé.

En revanche, j’en profite pour visiter Sainte-Sophie, qui affiche désormais un billet d’entrée à 25 €. Il me semble que c’est (étrangement) moins cher que l’été dernier

Au premier étage, dans la partie réservée aux touristes, une mosaïque (le Christ accompagné de l’empereur Constantin IX et de l’impératrice Zoé) manque de me faire pleurer. Je reste une heure à la contempler, indifférente aux hordes de touristes qui se prennent en selfie juste devant.

Bon Dieu, cette mosaïque. Ces couleurs. Cet or. Ce bleu. Cette lumière. Ça vibre, ça remue, ça palpite, c’est vivant.

Détail de la mosaïque : le Christ et l’empereur Constantin IX

Avant de m’envoler vers l’Asie centrale, je m’enivre de l’air marin d’Istanbul, de ses coupoles et de ses mouettes autant que possible. Et je recroise ma copine Élisa rencontrée à Sofia, en Bulgarie.

Pour conclure, voici le poème que j’ai écrit dans l’autocar entre Ohrid et Bitola. L’âme des Balkans, ce grand mystère.

Chansonnier

Dans le rétroviseur
le chauffeur a les yeux
d’Yves Montand
sans toutefois chanter
À bicyclette
car il ne fredonne pas souvent
 
Au-dehors tout est vert
sève des premiers temps
aux frondaisons
infranchissables
si verdoyantes
que c’en est inquiétant
 
Âpre et rêche forêt
impénétrable
inviolable inviolée
et jamais défrichée
ô l’âme des Balkans
 
Quelle langue
quel alphabet
et sur quel pied danser
ici on danse en rond
à l’abri des feuillées
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