Année 3 : Asie centrale
Un mois d’aventures au pays des nomades [Juillet 2025]
Mangystau
Aktau
Point de départ de mon périple kazakh : un aéroport perdu dans un immense « nulle part ». Je retrouve mon ami Jordan que j’ai rencontré quelques mois auparavant à Dahab. Nous parlons tous deux russe, bien qu’imparfaitement, et je vois mal comment se débrouiller sans. En effet, en Asie centrale, la plupart des gens ne parlent pas anglais. Le russe est la lingua franca de tous les pays de l’ex-Union soviétique.
La ville d’Aktau est récente, puisqu’elle a été construite à des fins d’extraction pétrolière, à l’époque soviétique, dans le désert qui jouxte la mer Caspienne. La promenade en bord de mer est agréable au coucher du soleil. En revanche, je ne recommande pas la baignade en raison de la pollution des eaux liées aux activités pétrolières.
Visiter Aktau, c’est comme être au Far West. La capitale du Kazakhstan, Astana, semble bien loin.


Bozzhyra et Tiramisu
Cela fait plusieurs jours que Jordan cherche un tour organisé pour que nous puissions nous rendre dans le désert du Mangystau, raison de notre présence à Aktau. Mais ses efforts restent vains jusqu’à ce que la propriétaire de l’auberge de jeunesse finisse par lâcher le nom d’une agence proposant des excursions à la journée (peut-être bien l’unique agence). Ce n’est pas faute de lui avoir demandé à plusieurs reprises (en russe).
Et c’est parti pour un tour dans le désert. Après 6 heures de bus à travers l’immensité du Mangystau, nous atteignons la zone des montagnes multicolores et des canyons à couper le souffle.
Premier arrêt : la montagne « Tiramisu », qui porte bien son nom.



Second arrêt : le canyon de Bozzhyra. Phénoménal, lunaire, éblouissant, hallucinant, inoubliable.





D’Aktau à Almaty en train



Deux jours avant le départ, nous allons nous renseigner à la gare ferroviaire d’Aktau. Nous n’avons pas acheté nos billets à l’avance. La dame du guichet nous dit en russe que tous les trains sont complets jusqu’à la semaine suivante. En temps normal, ce n’est pas un problème pour nous de rester quelque part une semaine, mais dans la mesure où il n’y a rien d’autre à faire à Aktau qu’une excursion à la journée dans le désert, nous ne souhaitons pas nous y attarder. Nous insistons, puis la dame du guichet nous dit : allez voir la dame en uniforme qui se trouve à l’entrée de la gare.
Nous nous adressons à cette dame, qui nous dit quelque chose de confus (du moins, qui nous semble, à nous, confus). « Venez dans deux jours, très tôt le matin, avant le départ du train. Apportez de l’argent en espèces ». Cela fait à peine trois jours que nous sommes en immersion dans un pays russophone, et nous nous accrochons pour essayer de comprendre le sens de ces instructions, quand un jeune homme dans la file nous tend son téléphone qui affiche une phrase issue de Google Traduction : « vous devez donner un pot-de-vin à cette dame ». Ah ! Enfin, tout est clair ! Merci pour ce mot-clé qui donne du sens à toute la scène.

Le matin en question, nous glissons donc un billet dans la main de cette dame, puis nous prenons place dans la cabine du wagon qu’elle nous indique. Un jeune homme s’y trouve déjà. Au bout d’un quart d’heure, un homme en uniforme entre dans la cabine, ordonne au jeune homme de déguerpir, ferme la porte et s’assied sur la couchette en face de nous. Laconiquement, il nous lance (en russe) : « à partir de maintenant, voilà comment ça va fonctionner ».
J’ai l’impression d’être dans un film de gangsters.
Nous glissons de gros billets dans la main de l’homme en uniforme, qui nous confirme que l’une des couchettes du bas nous est réservée. En revanche, l’un de nous devra probablement trouver une couchette libre dans une autre cabine pour la nuit. Sachant que le trajet est supposé durer deux jours et demi (environ soixante heures), l’idée ne nous emballe pas vraiment. Mais pour le moment, la cabine de quatre n’est pas pleine et Jordan peut s’installer sur l’une des couchettes du haut.





Après quelques heures, trois jeunes femmes entrent dans la cabine, s’installent bruyamment sur la couchette qu’occupe Jordan (qui s’est absenté) et jettent leurs affaires en vrac. Je leur dis que la couchette est occupée, mais elles m’ignorent complètement. L’homme en uniforme débarque en disant qu’à présent, cette couchette est pour elles. Les règles du jeu ont changé.
Cependant, quelques heures plus tard, il débarque une nouvelle fois en disant que la couchette est de nouveau pour nous. Les règles du jeu ont encore changé. Les trois jeunes femmes lui ont certainement donné moins d’argent que nous.
Il est clair que, dans cette cabine, personne n’a de billet de train.


Au début, je peine à m’habituer à cette cohabitation forcée. Six personnes dans une cabine de quatre, pendant environ soixante heures, cela promet d’être compliqué. Cependant, l’atmosphère se détend peu à peu. Les quatre kazakhs commencent à nous proposer des activités pour passer le temps, comme des mots croisés (en kazakh) et des jeux de cartes (notamment le durak [l’idiot], incroyablement populaire dans les pays de l’ex-Union soviétique).
Parfois, un homme en marcel blanc et short gris entre dans la cabine pour nettoyer le sol. Il se penche et commence à frotter le sol avec vigueur. Je me demande qui est cet homme dont le visage me paraît familier, quand Jordan m’éclaire : c’est l’homme en uniforme, qui change simplement de tenue en fonction du rôle qu’il occupe ! Chef de bord ou homme de ménage… c’est probablement lui qui récure les toilettes du wagon.

La nuit, l’une des jeunes filles sort un violon kazakh traditionnel (kobyz) et nous offre un concert improvisé. Les conversations s’échauffent, ponctuées par l’homme en uniforme qui vient régulièrement taxer de l’alcool et des cigarettes (articles interdits à bord). Sans dire un mot, il entre dans la cabine et tend son verre ou sa paume ouverte. L’une des jeunes femmes lui donne l’article désiré, et il repart sans dire un mot. Nous rions aux éclats.





Contre toute attente, les soixante heures de trajet se déroulent donc joyeusement et agréablement. Après avoir traversé le pays d’ouest en est, nous arrivons à la gare ferroviaire d’Almaty, relativement frais et heureux d’avoir vécu une telle immersion dans la culture kazakhe.
D’Almaty à l’Altaï en autostop
Lac Alakol
Après quelques jours à Almaty, je propose à Charles, jeune voyageur français rencontré à l’auberge de jeunesse, de se joindre à moi pour une traversée du Kazakhstan en autostop, du sud au nord, direction l’Altaï. Notre objectif est d’atteindre le village de Katon-Karagay, idéalement situé pour explorer les montagnes et les steppes de l’Altaï kazakh. Un autre duo, Christina et Hugues, décide d’entreprendre ce même trajet en autostop, dans un esprit de compétition amicale.



Le premier jour, Charles et moi parcourons sans difficulté les quelque 600 km qui nous séparent du lac Alakol, à la frontière chinoise, où nous souhaitons planter la tente pour la nuit.

Le deuxième jour, nous repartons de bon matin. Camions, vieilles Lada, 4×4 de luxe… tout est bon à prendre.




En début d’après-midi, après une heure et demie de galère à trouver le bon spot près de la sortie d’Oucharal permettant de rejoindre l’autoroute Almaty-Öskemen, un véhicule accepte de nous tirer d’affaire en entrant sur l’autoroute, puis en nous déposant quelques kilomètres plus loin. Une fois sur l’autoroute, tout redevient facile.
Un camionneur nous propose d’aller jusqu’à Urumqi, dans le Xinjiang chinois. À regret, nous déclinons l’invitation, car nous souhaitons nous rendre dans l’Altaï.



Direction l’Altaï
Un Russe (Tadjik ethnique) en vacances, qui réside à la frontière de l’Altaï russe et de l’Altaï kazakh, rentre chez lui. Il nous emmène loin, très loin, jusqu’à la ville de Kalbataou. Nous ne savons pas où passer la nuit, mais heureusement, il négocie pour nous une chambre dans un hôtel qui affiche complet. Le seul hôtel de la ville, ou plutôt un motel dans son jus. Et lui dort dans sa voiture avant de repartir à l’aube, car il a hâte d’embrasser sa femme et sa fille.
Le troisième jour, nous quittons Kalbataou ainsi que l’autoroute Almaty-Öskemen sur laquelle nous avons parcouru l’essentiel du trajet, pour prendre la direction de l’Altaï. Peu de véhicules circulent sur cet axe, mais les Kazakhs, généreux, sont enclins à s’arrêter pour aider deux Français perdus au bout du monde.



Les paysages, déjà très beaux tout au long des trois jours avec une merveilleuse palette de couleurs, sont de plus en plus époustouflants. Nous nous approchons de la chaîne de montagnes de l’Altaï.

Au total, nous aurons parcouru 1 500 km en autostop, du sud au nord, d’Almaty à Katon-Karagay.


Rashid, le tout dernier chauffeur qui nous prend en autostop 30 km avant l’arrivée à Katon-Karagay, nous propose de loger dans sa petite datcha familiale, chez lui et sa sœur. Nous acceptons et c’est le début d’une nouvelle aventure.

Katon-Karagay
Dix jours de bonheur dans la datcha au toit bleu. Pas de salle de bain, seulement des toilettes sèches au fond du jardin et un banya (sauna russe) pour se laver. Pas d’eau courante, il faut donc puiser l’eau directement à la force des bras, au moyen de la pompe qui se trouve dans le jardin. Celui-ci donne sur les montagnes et, à cinquante mètres de la maison, serpente une rivière où paissent vaches, moutons et chevaux. Une certaine vision de l’Eden.








Rashid nous emmène partout. Dans la voiture, nous chantons à tue-tête des chansons kazakhes. L’Altaï en majesté : des montagnes, des steppes, des yourtes, des chevaux et des aigles royaux.















Parmi les incontournables de la région, le lac Rakhman et la cascade du même nom, avec vue sur le mythique mont Béloukha (qui se trouve dans l’Altaï russe, à cheval sur la frontière).








Après avoir passé plusieurs jours à camper, Christina et Hugues nous rejoignent dans la maison du bonheur. Balades, ripailles, thé et vodka agrémentent nos journées.













Après un dernier dimanche à Bolshenarymskoe, à une centaine de kilomètres de Katon-Karagay, il est temps de reprendre la route pour retourner à Almaty.








Lac Balkhash
Sur la route du retour, nous faisons une halte à Lepsi, au bord du lac Balkhash. Il s’agit du plus grand lac du Kazakhstan et du deuxième plus grand lac d’Asie (après le lac Baïkal). C’est simple, on se croirait à la mer, sauf que c’est de l’eau douce.

Nous sommes accueillis par la famille d’un ami de Rashid. Une journée en parfaite immersion chez l’habitant. Nous nous rendons à la datcha du lac à bord d’une vieille Moskvich de 1983. Quelle chance de découvrir le Kazakhstan d’une manière si authentique !





Autour d’Almaty
Je rassemble dans cette section l’ensemble des excursions que j’ai réalisées autour d’Almaty entre juillet et septembre 2025.
Je publierai sous peu un récit consacré exclusivement à ma vie quotidienne à Almaty [Septembre 2025].
Alma-Arashan
Dans la montagne, à côté d’Almaty, il est possible d’alterner entre sources chaudes et baignades glacées dans la rivière. Frileux, s’abstenir ! Les habitants viennent à Alma-Arashan pour se détendre, mais aussi pour améliorer leur endurance aux grands écarts de température.
Avec les copines françaises, Louise et Églantine, nous n’avons pas froid aux yeux !






Big Almaty Lake
Avec l’ami Jordan, nous décidons de camper une nuit au Big Almaty Lake, afin de découvrir les options de randonnée de ce massif, à la frontière avec le Kirghizistan.
Des paysages de toute beauté !





Lac Kapchagay
Toujours avec l’ami Jordan, nous rencontrons un Suisse qui traverse l’Eurasie en tuktuk ainsi qu’un Lituanien qui se rend au Vietnam en autostop. Deux allumés plus nous deux, ça fait quatre fêlés !


Après avoir campé au bord du lac Kapchagay, nous avons rendez-vous avec une équipe de stylistes et de photographes d’une marque de vêtements d’Almaty, pour un shooting photo improvisé dans les dunes.


Canyon de Charyn
Avec l’agence Banana Tours, célèbre dans toutes les auberges de jeunesse d’Almaty pour ses excursions à prix cassés, je me rends au canyon de Charyn. Il s’agit d’un grand classique à visiter, et cela vaut le coup. La descente dans le canyon de Charyn, jusqu’à la rivière qui serpente au fond, est spectaculaire. Les rochers ont des formes si étonnantes que j’ai du mal à croire qu’ils puissent tenir en équilibre. Un bonheur pour les amateurs de géologie.
Les autres canyons proposés dans ce tour sont également intéressants.




Lac Kolsay
Après 30 jours au Kazakhstan, je pars en autostop avec un voyageur espagnol rencontré à l’auberge de jeunesse (encore une fois). Sur la route qui mène à Karakol, au Kirghizistan, une famille nous propose de faire un détour (qui se révélera être un grand détour) pour admirer le lac Kolsay. Le beau temps n’est pas de la partie, mais quelle importance ?





Kegen
Le matin suivant, après avoir dormi dans un hôtel (ou plutôt un motel similaire à celui de Kalbataou et de toutes les petites villes paumées du Kazakhstan), nous levons le pouce près de la station de taxis. Igor, un Kazakh (Russe ethnique) qui habite à Almaty et passe chaque année ses vacances d’été au bord du lac Issyk-Kul, au Kirghizistan, propose de nous emmener à Karakol, de l’autre côté de la frontière.
Un franchissement de frontière sans encombre ou presque. En effet, le détour vers Kolsay me fait dépasser d’une journée ma durée de séjour autorisée. Je me retrouve donc à parlementer avec un douanier qui, je m’en rends compte petit à petit, est ravi de pouvoir discuter en russe avec une touriste française. Il me demande ce que je fais dans la vie, pourquoi j’ai choisi le Kazakhstan, quels sont mes plats kazakhs préférés, etc.

Dans les locaux du poste-frontière, de nombreux tableaux de chevaux, ainsi que le portrait du président, décorent les murs. Après une prise méticuleuse d’empreintes digitales, le douanier me laisse partir sans m’infliger d’amende. La conversation, ça fait passer le temps…
Rendez-vous de l’autre côté de la frontière !


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