Road-trip au Kirghizistan

Année 3 : Asie centrale

Un mois en terre d’extrêmes merveilles [Août 2025]

Préambule

Le Kirghizistan…

Un pays dont les paysages m’ont particulièrement éblouie, un pays où j’ai fait de nombreuses expériences, heureuses et moins heureuses, un pays qui m’a permis d’apprendre à mieux me connaître.

Au Kirghizistan, je me suis laissée porter par la soif de l’inconnu, l’improvisation, le sac à dos, le hasard des rencontres, l’amitié, les traditions, la religion et la morale, les hommes, la curiosité, le désir, l’amour qui entre sans frapper, les nuits de pleine lune, les ciels étoilés, le silence, les baisers volés, la différence culturelle, les joies et les désillusions, l’incompréhension, le lait fermenté, les chevaux, les chapeaux, les yourtes, la littérature, l’Union soviétique, la vodka et le samogon, les lacs et les cimes enneigées.

En somme, un très beau mois d’août.

Autour de Karakol

Jeti Oguz

Située entre 2 000 et 2 500 m d’altitude, cette jolie randonnée à la journée permet de s’échauffer avant de passer aux choses sérieuses et de s’acclimater à l’altitude.

Au départ de Jeti Oguz (le nom du village signifie « les sept taureaux »), le sentier longe la rivière jusqu’à un pont, qui mène à un chemin serpentant dans la montagne et débouchant sur une jolie cascade. Les rochers de Jeti Oguz, dont les formes rappellent celles de la côte de Granit rose, font l’objet d’une légende, sorte de Roméo et Juliette à la kirghize.

Ala Kul

La plus courte boucle autour d’Ala Kul (célèbre lac de montagne du nord du Kirghizistan) dure 3 jours, mais j’ai décidé de la parcourir en 4 jours, ce qui s’est révélé être une excellente stratégie afin de ne pas finir sur les rotules.

La récompense au sommet : vue panoramique sur Ala Kul

La randonnée débute au point n°1 (« premier pont » situé à 2 100 m d’altitude) et s’achève au point n°9 (situé à 1 960 m d’altitude), avec pour point culminant le point n°5 (col d’Ala Kul, situé à 3 920 m d’altitude).

Le plan du Ala Kul Trail en 3 langues : kirghiz, russe et anglais.

Jour 1 : l’émerveillement. Après de longues heures à marcher le long de la rivière, le lit de celle-ci s’élargit et les montagnes se couvrent d’une lumière dorée. Des chevaux paissent en liberté dans un tableau enchanteur. Rien ne semble pouvoir troubler la quiétude des lieux.

Cet émerveillement m’évoque celui que j’avais ressenti au pied du Puy Mary, lors de ma traversée du Massif central à pied (des chevaux paissaient en liberté dans une lumière dorée…).

Jour 2 : l’épreuve. J’ai dormi à environ 2 700 m d’altitude, ce qui est déjà haut, mais le chemin qui mène au lac (situé à environ 3 500 m d’altitude) est très raide. Vers la fin, je m’aide des mains pour avancer, car le sentier ressemble à un mur. Avec la chaleur et la tente sur le dos, cette journée de marche est éprouvante. Cependant, les paysages sont sublimes et atténuent la souffrance.

Je rencontre en chemin dix Espagnols auxquels je m’adresse en espagnol, puis deux Kirghizes (Russes ethniques) auxquels je m’adresse en russe. Un peu plus loin, je discute avec tout ce petit monde, et j’apprends qu’il s’agit d’un groupe de randonneurs espagnols accompagnés de guides. Après m’avoir encouragée dans la dernière ligne droite qui mène au lac, le groupe se dirige vers un camp de yourtes à un ou deux kilomètres de là. Je décide de faire une longue pause pour contempler le lac et casser la graine.

Avant la tombée de la nuit, je me dirige vers le camp de yourtes, mais au lieu d’y trouver le groupe, je rencontre un Kirghiz (Russe ethnique) que, dans la pénombre, je confonds avec l’un des guides croisés précédemment. Cela donne lieu à un énorme quiproquo qui ne se dissipera que le lendemain : Genia accompagne effectivement un groupe de touristes, mais Genia n’est pas guide. C’est un homme d’affaires passionné de montagne et de randonnée. Il habite à Bichkek et adore sa ville. Nous nous y reverrons plus tard.

Jour 3 : le point culminant. La première partie de l’étape consiste à parcourir les quelque 400 mètres de dénivelé positif qui restent pour atteindre le col d’Ala Kul (3 920 m d’altitude).

En chemin, je croise les Espagnols et leurs deux guides, Kirill et Roman. C’est Roman que j’ai confondu avec Genia, et en l’apercevant, je comprends ma méprise. Pourtant, ils ne se ressemblent pas vraiment, mais dans la pénombre… Dans le groupe de randonneurs se trouve également un jeune homme d’Alicante qui ressemble à mon ex. Tout cela est quelque peu troublant.

Je me ressaisis pour admirer la vue panoramique depuis le col d’Ala Kul, sans doute le point culminant (dans tous les sens du terme) de cette randonnée de 4 jours.

Dans la longue et abrupte descente vers Altyn-Arashan, je continue à cheminer avec les randonneurs espagnols et leurs guides. Je finis par planter ma tente au même endroit qu’eux.

Vers minuit, Kirill frappe à la « porte » de ma tente et me demande si j’accepte de les accompagner quelques jours en qualité d’interprète (russe-espagnol), car en raison d’un anglais lacunaire et d’accents marqués, la communication entre les touristes et leurs guides est laborieuse. J’ai beau être traductrice, je n’ai jamais travaillé comme interprète (encore moins du russe vers l’espagnol et vice versa), mais comment refuser une telle offre ?

Jour 4 : Altyn-Arashan. Après un bain matinal dans les sources d’eau chaude d’Altyn-Arashan, c’est reparti pour une dernière étape vers Karakol. Moins intéressante, cette étape regorge néanmoins de jolis points de vue.

Karakol

Après la randonnée, nous visitons Karakol, ville natale de Kirill. L’église orthodoxe russe en bois, datant de la fin du XIXe siècle, vaut le détour.

Karakol est une petite ville à l’atmosphère rustique. Seules les rues principales sont goudronnées et éclairées par des lampadaires.

La route qui mène de Kegen (frontière kazakhe) à Karakol a été construite en 2024.

Kirill et Roman m’initient aux boissons traditionnelles kirghizes : le chalap, boisson fermentée à base de lait qui ressemble à l’ayran turc, et le maxim, boisson fermentée à base de blé, ainsi qu’aux boissons russes largement consommées au Kirghizistan : le kvas, populaire dans toute l’ancienne Union soviétique, et le samogon, dont la composition est similaire, mais avec un degré d’alcool beaucoup plus élevé (et je peux vous le dire, ça tabasse sec).

Song Kul

Balade à cheval

Song Kul est un grand lac qui se trouve loin de tout, mais c’est le lieu idéal pour une balade à cheval d’une demi-journée, d’une journée ou de plusieurs jours.

Autour du lac, quelques familles kirghizes continuent à pratiquer le pastoralisme et vivent dans les yourtes les plus traditionnelles que j’ai pu voir au Kirghizistan, recouvertes de peaux de bêtes (et non de plastique comme on le voit un peu partout).

Situé à environ 3 000 m d’altitude sur un plateau, Song Kul présente un faible relief, mais les couleurs et la lumière y sont magnifiques.

Bichkek

Charme soviétique

J’aime bien le centre de Bichkek, ses bâtiments brutalistes, son street art, ses larges avenues arborées, ses vieux cinémas, ses terrasses de café et sa librairie Raritat (Раритет) où j’achète mon premier vrai roman en russe. Le rythme de la ville est tranquille, malgré la fréquence des embouteillages et la pollution chronique.

Genia (cf. supra) est orthodoxe et porte une imposante croix du Christ autour du cou. Je visite l’église orthodoxe russe à l’heure de la prière matinale. L’écrasante majorité des habitants du Kirghizistan est ethniquement kirghize, généralement de confession musulmane, mais 8 % de la population sont ethniquement russes, de confession orthodoxe.

À Bichkek, je visite deux musées : le musée national d’histoire et le musée national des Beaux-Arts, pour en savoir plus sur les traditions du pays ainsi que sur l’ère soviétique, dont la fusion a donné naissance à l’identité kirghize contemporaine.

Osh

La route vers Osh

À l’aller Bichkek-Osh, je prends un taxi, conduit par Kubanich (qu’on ne voit pas sur les photos, car c’est lui le photographe), que je partage avec une famille de Kirghizes du sud. Ceux-ci m’offrent de la vodka et du samogon à 11 h du matin pour « mieux tolérer l’altitude lors du franchissement des cols de montagne » (sic). Les femmes boivent aussi (mais pas Kubanich, heureusement). Il existe une vidéo de ce grand moment de dialogue culturel, que je ne publierai pas ici, bien que ce ne soit pas l’envie qui me manque. Toutefois, il me semble que les photos parlent d’elles-mêmes.

Même au restaurant, ça cache la bouteille de vodka sous la table et ça s’en jette un derrière la cravate.

À la croisée des chemins

Osh n’est pas à proprement parler une belle ville, mais elle est intéressante. La montagne de Sulaiman-Too est classée au patrimoine mondiale de l’Unesco pour ses grottes ornées de pétroglyphes datant de plusieurs millénaires, ainsi que pour ses mosquées du XVIe siècle. Selon l’Unesco, « le site est considéré comme un parfait exemple de montagne sacrée d’Asie centrale, adorée à travers plusieurs millénaires ».

En raison de sa proximité avec l’Ouzbékistan et des excursions à destination du Pamir au Tadjikistan, Osh se trouve à la croisée des chemins. J’y rencontre de nombreux voyageurs aux itinéraires divers, notamment Iris, qui vient de Shenzhen (et que j’espère revoir en Chine).

Parmi les anecdotes de voyage, Kubanich me fait cadeau d’un poignard chinois orné de dragons qu’on lui a offert lorsqu’il travaillait dans la police. Mais à la suite d’une dispute, il me dit avec éclat qu’il ne souhaite pas reprendre son cadeau, et que je ferais mieux de le jeter dans la grande cascade d’Arslanbob (cf. infra). À la place, je décide de léguer ledit poignard à la propriétaire de mon auberge, non sans mentionner qu’un certain Kubanich pourrait venir le récupérer un jour. Le poignard trône désormais sur l’étagère de la réception de l’auberge.

Sacré Kubanich.

Sary-Mogul

Bonheur insaisissable

Sur la route qui mène à Sary-Mogul (situé à 2 980 m d’altitude), je sens déjà que j’arrive dans un monde à part. Les véhicules se font plus rares, l’oxygène aussi : je prends de la hauteur.

Vue panoramique : Sary-Mogul, le pic Lénine et les monts du Pamir

Je tombe immédiatement sous le charme de la maison d’hôtes, dont le jardin offre une vue imprenable sur le pic Lénine (qui culmine à 7 134 mètres !) et les monts du Pamir. Je me nourris de l’énergie débordante des six enfants de la famille ainsi que du flegme inimitable de leur père, Turdubay.

Je pensais passer trois jours dans cette maison d’hôtes, et finalement, j’y reste dix jours. Je ne parviens pas à décrire le bonheur que je ressens à Sary-Mogul.

Turdubay.

Hélas, si je retourne un jour à Sary-Mogul (et j’y retournerai, c’est sûr), je doute de pouvoir vivre à nouveau un tel bonheur. La vie est ainsi faite…

Je me lie également d’amitié avec un couple de Lyonnais, Julie et Brice, et leurs deux adorables enfants, Gabriel et Emma.

Pic Lénine : du lac Tulpar au Travellers’ Pass

De temps à autre, je tente de m’arracher au bonheur du village en partant randonner en montagne. Bien que je préfère la vue panoramique depuis le jardin, je dois reconnaître que, vu de près, le pic Lénine est sublime. Pour un aperçu, je recommande la randonnée à la journée jusqu’au Travellers’ pass (4 150 m d’altitude) depuis le lac Tulpar. Pour marcher avec des enfants, je recommande plutôt la courte randonnée menant au camp de base depuis le lac Tulpar.

Monts d’Alay

Le pic Lénine se trouve au sud de Sary-Mogul, tandis que les monts d’Alay se trouvent au nord. La randonnée à la journée jusqu’au col de Sary-Mogul (Sary-Mogul Pass, situé à 4 280 m d’altitude) est un must. Toute la journée défilent des paysages tous plus fabuleux les uns que les autres. Et les yacks y sont très, très nombreux.

Road-trip entre filles

Arslanbob

Après dix jours d’un bonheur insaisissable, la mort dans l’âme, je finis par quitter Sary-Mogul et retourne à Osh. À la suite d’une dispute avec Kubanich (cf. supra), il n’est plus question de voyager ensemble. Je me rends donc à la gare routière d’Osh. Dans le bus en direction du village d’Arslanbob, je sympathise avec trois autres voyageuses solos (ce qui est suffisamment rare pour être souligné) et nous décidons de voyager entre filles pendant quelques jours.

Arslanbob est un village à majorité ouzbèke situé au Kirghizistan. Au-delà de ses paysages de montagne et de sa magnifique forêt de noyers sauvages, Arslanbob affiche une identité originale, dont la langue, les maisons et le bazar évoquent l’Ouzbékistan, en particulier la vallée de Ferghana, toute proche.

Sary-Chelek

Nous nous dirigeons ensuite vers Sary-Chelek, relativement difficile d’accès (il s’agit du lac préféré de Genia). Le conducteur du taxi est clairement d’une autre époque : il utilise l’un des premiers modèles de téléphone Nokia que certains de mes camarades de classe possédaient lorsque j’étais au collège. Et il me parle de l’Ukraine, où il a habité à l’époque soviétique. Cela ne nous rajeunit pas.

Nous logeons dans une spacieuse maison d’hôtes communale, avec accès privé à la rivière et au ciel étoilé. Le lendemain, nous explorons le lac de Sary-Chelek, qui tient toutes ses promesses. Absolument ébouriffant !

Lac de Toktogul

Enfin, nous voici sur la route du retour Osh-Bichkek. À l’aller Bichkek-Osh, avec Kubanich et les trois Kirghizes du sud, j’étais ivre pendant les deux-tiers du trajet (qui dure une dizaine d’heures). Donc j’apprécie de pouvoir repasser par cette belle route, tout en piquant une tête au lac de Toktogul.

Après une séance photo délirante et un dernier arrêt kymys (lait de jument fermenté, le qymyz des Kazakhs), nous arrivons à Bichkek, où chacune reprend sa route.

Après avoir revu Genia une dernière fois, je franchis à nouveau la frontière et retourne à Almaty où je pose mes bagages pendant un mois.

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