Année 4 : Asie du Sud-Est
3 semaines à Kuala Lumpur, 3 jours à Malacca et 10 jours à Penang
[Octobre – Novembre 2025]
Éléments de contexte
Pourquoi l’Asie du Sud-Est ?
Quand j’étais bébé (paraît-il, moi je ne m’en souviens pas…), je comprenais le cantonais (langue maternelle de ma mère), mais pour des raisons qui me sont propres, quand j’ai commencé à pouvoir m’exprimer avec des mots, j’ai catégoriquement refusé de parler cette langue.
À deux ans, j’ai déclaré ne vouloir parler que le français (solennellement, semble-t-il, puisque le médecin a jugé bon de le consigner dans mon carnet de santé). Je me mettais à pleurer lorsque ma mère s’adressait à moi en cantonais, en vietnamien ou en mandarin (ses trois langues d’usage courant, en plus du français).

Des années plus tard, par traumatisme autant que par esprit de contradiction, je me suis spécialisée dans les langues européennes (comprenez : non asiatiques) et je suis devenue traductrice.
Voyager en Asie du Sud-Est promet donc d’être extrêmement confrontant pour moi. Pendant mes trois premières années de vie nomade, je me suis tenue à l’écart de cette partie du monde, malgré tous les éloges d’autres voyageurs.
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.
Kuala Lumpur
Kuala Lumpur (KL) est réputée être une porte d’entrée « facile » de l’Asie du Sud-Est (SE). Mégalopole moderne hérissée de gratte-ciel, offrant des activités de shopping et des habitudes de consommation à l’occidentale : a priori, rien de bien dépaysant. Le choc culturel en sera atténué, m’a-t-on dit. Mon expérience prouvera par la suite qu’il n’en est rien.

Premier jour. Je débarque de l’aéroport et monte dans un taxi Grab (l’équivalent d’Uber en Asie du SE). Le chauffeur parle un anglais à couper au couteau. Je lui demande s’il est cantonais, il répond par l’affirmative. Ce n’était pas dur à deviner, étant donné que la radio est en cantonais. Je lui dis que ma famille maternelle est originaire de Canton, il est tout content (oh, la belle allitération).
Comme d’habitude, j’enchaîne en lui disant que je ne parle ni cantonais, ni mandarin, ou si peu… Mais le chauffeur, intrigué, me pose des questions. Nous évoquons Canton, le sud de la Chine, mon long voyage en Chine d’il y a vingt ans… Je n’avais pas réalisé que j’allais si souvent entendre parler cantonais. Ça commence fort.

Le taxi me dépose devant mon immeuble. Je récupère la clé dans une boîte à clés, j’arrive au 21e étage et la vue est splendide. Avec le décalage horaire et le vol de nuit, j’éprouve une irrésistible envie de dormir. Mais James, le propriétaire de mon Airbnb, en a décidé autrement : il veut me souhaiter la bienvenue en personne. Je m’abstiens de dormir en l’attendant.
James sonne à la porte. Ses bras sont chargés de fruits frais qu’il a achetés au marché d’à côté, j’apprécie le geste. Je le remercie et m’apprête à refermer la porte pour aller me coucher. Mais non, James m’invite à petit-déjeuner au café d’en bas. Comment refuser ? Nous descendons donc manger des nouilles épicées accompagnées d’un thé glacé au citron.

Dans un excellent anglais à l’accent chinois, James me dit : je vous admire beaucoup. Je lui demande pourquoi. Il ne me connaît pas, comment peut-il m’admirer ? Il me répond qu’il me trouve très courageuse de parcourir le monde toute seule. Je le remercie de ses gentilles paroles et nous évoquons les voyages, le mélange des cultures et KL. Je tente : « vous êtes cantonais ? ». Raté.
James m’explique qu’il vient du centre de la Malaisie où la communauté chinoise ne parle ni cantonais, ni mandarin, mais hokkien, une langue chinoise dont je n’avais, jusqu’ici, jamais entendu parler.
James est allé à l’école britannique, il ne maîtrise donc pas le mandarin et a développé un certain complexe à cet égard (tiens donc, ça me rappelle quelqu’un). Dans sa vie quotidienne, il parle anglais dans son travail et avec son fils, malais pour ses démarches administratives… et mandarin avec son épouse vietnamienne. Là, il va falloir m’expliquer la logique !







Deuxième jour. À la piscine, je croise un couple de Français qui termine sa boucle de l’Asie du SE. Nous nous donnons rendez-vous pour le dîner aux tours jumelles Pétronas, l’un des symboles de la ville, à une vingtaine de minutes de mon logement. Parfait, ça me donnera une bonne raison d’arrêter de dormir.
Pendant ce temps, au bord de la piscine, une vingtaine de Malaisiens appartenant à la communauté indienne préparent une fête d’anniversaire. J’ai l’impression d’être en Inde. Dans la rue, d’après ce que je peux lire sur les décorations installées pour les festivités, la communauté indienne s’apprête à fêter Diwali.


J’entre dans les tours Pétronas dont le gigantisme me terrasse. Dans l’ascenseur qui mène au food court, je suis entourée de Malais, de Chinois et d’Indiens, les trois grandes communautés qui constituent la population de la Malaisie. Chaque groupe parle sa propre langue et ignore les autres groupes. Contrairement à ce que j’observe à Singapour, la cohabitation harmonieuse semble n’être ici que de l’indifférence polie. Je retrouve finalement le couple de Français pour déguster un riz au poulet, mi-malais, mi-japonais. Surprenant et succulent.

Troisième jour. James m’attend en bas de l’immeuble, dans une voiture dont le volant est à droite. Car, entre autres choses, la Malaisie est une ancienne colonie britannique. Nous nous rendons dans une église pentecôtiste en périphérie de la ville. L’office est en anglais. Ouf, je m’attendais à devoir utiliser le peu de chinois que je baragouine pour louer Jesus (prononcez Djizeus).

Je remplis une petite fiche d’information (certainement à des fins de recrutement dans l’église pentecôtiste), puis l’office démarre en mode guitare électrique et chansons catchy. Les gens chantent les bras ouverts. Une dame danse en agitant des foulards et des drapeaux colorés. Le pasteur accueille la nouvelle venue : sister Anne-Claire. Je me lève et les gens m’applaudissent. Si on m’avait dit, il y a trois jours, qu’on allait m’applaudir dans une église pentecôtiste en Malaisie…
À la fin de l’office, nous échappons à la foule des curieux qui souhaitent faire ma connaissance (sister Anne-Claire, we hope to see you again next Sunday!) et nous nous perdons dans un dédale d’étals de street food. Je m’attends à manger de la cuisine malaise, mais James commande pour moi du canard aux nouilles chinoises. Pas très exotique. D’après ses dires, « les Chinois ne mangent pas de canard, car cette viande sent très fort ». Ah bon. Et le canard laqué, alors ? Puis il s’excuse de ne pas avoir demandé de fourchette pour moi. Je lui réponds : ce n’est pas parce que je ne parle pas chinois que je ne sais pas manger pas avec des baguettes…

Selon James, en Malaisie, les communautés ne se mélangent pas. Au quotidien, elles s’ignorent. Les Malais représentent la majorité de la population et le pays est officiellement musulman. Deux systèmes juridiques coexistent : le droit britannique et la charia musulmane. Les interactions juridiques entre Malais et non-Malais sont d’une complexité effrayante.
Il est à noter que les Malais ont priorité en matière d’emplois et de subventions, alors que les membres d’autres communautés n’ont pas accès aux emplois de la fonction publique. Le monde du travail est rude pour les non-Malais, ce qui pousse certains Chinois à se convertir à l’Islam dans l’espoir d’obtenir certains avantages. En revanche, sur le plan sociétal, les communautés minoritaires jouissent d’une plus grande liberté que les Malais musulmans, qui sont soumis au strict respect de la charia.










Le chauffeur de taxi qui me ramène à mon logement fait partie de la communauté indienne. Un peu trop en confiance (naïve que je suis !), je lui lance : « vous êtes indien ? ». Il me répond par la négative. Encore raté.
Moi : mais vous êtes d’origine indienne ? Lui : mes grands-parents sont venus s’installer en Malaisie. Je suis né ici, je suis malaisien. Moi : mais vous parlez quelle langue au quotidien ? Lui : Tamoul. Moi : et quelle est votre religion ? Lui : hindouiste. Moi : …






Il va me falloir du temps pour tenter d’appréhender ce pays aux identités multiples et si complexes.













Malacca
Malacca, port d’attache (imaginaire ou réel) des marins, marchands, explorateurs et rêveurs du monde entier depuis plus de cinq cents ans.












Malacca, son centre colonial aux influences portugaises, hollandaises et britanniques, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, ainsi que son patrimoine immatériel : l’héritage de la communauté peranakan (population chinoise installée à Malacca, Penang et Singapour depuis cinq siècles, dont la culture a fusionné avec celle des Malais pour créer une identité originale et bariolée). Les membres de la communauté peranakan sont également appelés les Chinois des Détroits ou les Baba-Nyonya.












Malacca, son slogan accrocheur (WTF ?!) et son sens de l’humour.


Malacca, à jamais dans mon cœur.
C’est à Malacca que j’ai rencontré celui qui deviendra mon amoureux, Zach, venu du détroit d’à côté.
C’est aussi à Malacca que j’ai rencontré ma jeune amie Clémentine (au centre sur la photo). Clémentine m’a tant vanté les mérites et les charmes de Singapour que je me suis dit : pourquoi pas… ? Un grand merci à elle.



Penang
Parc national et Monkey Beach
Quelques jours de bonheur avec Zach ♡





















George Town
Où l’on retrouve la communauté peranakan, qui a notamment aidé le révolutionnaire Sun Yat Sen à fomenter des révoltes en Chine du Sud, menant à la Révolution de 1911. Le centre historique de George Town est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
À George Town, les Chinois parlent tamoul et les Indiens parlent hokkien. Une leçon de vivre ensemble.
























Durant mon séjour, j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes formidables. Deux natifs de Penang : LK, peranakan très attaché aux valeurs de l’ancienne colonie britannique, et Eunice, métisse sino-indienne. Deux générations différentes, deux classes sociales radicalement opposées. Ce qui les rapproche cependant : leur sens de l’amitié et leur générosité. LK parle un anglais impeccable et un malais châtié dont Eunice se moque avec tendresse, elle qui a appris, dans la rue, des bribes de tout un tas de langues : malais, hokkien, cantonais, tamoul…
Après l’apéro au très chic Eastern & Oriental Hotel, LK nous emmène dîner dans le meilleur restaurant peranakan de la ville : Kebaya. Un délice !










Suite à l’évacuation d’urgence de mon logement (invasion de fourmis au 22e étage…), LK et Eunice me proposent tous deux de m’héberger. Je choisis finalement de passer quelques jours chez LK. Son appartement offre une vue imprenable sur la mer. Qu’est-ce qu’on rigole, tous les trois !










Capitale du street art et de la gastronomie
À George Town, la créativité est reine.
Côté papilles, il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets. Du haut de gamme peranakan Kebaya au Nasi Kandar indien à un euro, en passant par les brunchs à l’européenne et les épiceries fines italiennes.
Pour le plus grand bonheur des foodies !












J’ai hâte de retourner en Malaisie.
Hâte de revoir mes amis de la côte ouest.
Hâte de découvrir les plages de la côte est.
Hâte d’explorer Bornéo (plongée à Sipadan, randonnée au mont Kinabalu).


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