La Thaïlande, du sud au nord

Année 4 : Asie du Sud-Est

2,5 mois [entre novembre 2025 et mars 2026]

Prologue : les inondations du siècle

En novembre 2025 ont lieu en Thaïlande les « inondations du siècle ». Celles-ci touchent très durement le sud de la Thaïlande continentale, en particulier Hat Yai, la plus grande ville du sud.

Avant de frapper le sud du pays, les inondations dévastent le centre de la Thaïlande continentale (de Bangkok à Surat Thani). Je me trouve alors à Hat Yai, car je viens de franchir la frontière Malaisie-Thaïlande par voie terrestre.

Hat Yai est une grande ville à la population partiellement musulmane. Hormis cela, quelques temples et Bouddhas géants, et des services de prostitution à destination des frontaliers de Malaisie, l’intérêt principal de Hat Yai réside dans son statut de hub régional pour les transports routiers et ferroviaires.

En Malaisie, personne ne parle encore des inondations qui dévastent le pays voisin. Quant aux habitants de Hat Yai, ils ne semblent pas se douter que l’apocalypse est proche. Les inondations du centre de la Thaïlande semblent ne pas les concerner.

La veille de mon départ, il pleut des cordes. Sans discontinuer depuis 24 heures, et ce hors saison des pluies. Cette pluie diluvienne me semble extrêmement bizarre. Je commence à me sentir mal à l’aise, car mon intuition m’ordonne de partir sans délai.

Hat Yai, la veille de mon départ.
Quelques jours après mon départ, Hat Yai sous les eaux (photo officielle).

Je parle de cette intuition à Kurt, un Américain qui réside en Thaïlande depuis une trentaine d’années. Lui veut se rendre en Malaisie et a déjà un billet pour le lendemain, il n’est donc pas directement concerné par ce problème. Toutefois, il me propose de m’accompagner à la gare routière afin de traduire ma requête : un billet Hat Yai / Surat Thani de toute urgence.

À la gare routière, il m’est impossible d’acheter un billet, car à cause des inondations dans la région de Surat Thani, les liaisons risquent de ne pas être assurées le lendemain. Cependant, les guichetières ne semblent pas inquiètes, pas plus que Kurt, d’ailleurs. Tout le monde (sauf moi) perçoit les événements comme un simple désagrément, non comme un danger.

À Kurt, mon éternelle gratitude !

Kurt me suggère d’attendre un jour ou deux, le temps que la situation s’améliore. Mais moi, je suis déjà en mode survie. Je lui rétorque un peu brutalement que je ne souhaite pas rester un jour de plus dans cette f**** ville…

De plus en plus inquiète (moi qui suis si tranquille, d’ordinaire), je demande à Kurt de m’accompagner à la gare ferroviaire. À 20 heures, seul le chef de gare est encore là. Il affirme (en thaï… merci Kurt !) que le premier train de la journée pour Surat Thani partira à l’heure habituelle.

Le lendemain à l’aube, je suis la première personne dans la file d’attente. Et à 6 heures tapantes, le train s’élance, insouciant, vers des lointains incertains.

Je me dis que le plus dur est fait, mais je ne suis pas au bout de mes peines.

Après avoir roulé plus de 4 heures, le train s’arrête au beau milieu de nulle part. Je m’aperçois alors que je suis la dernière passagère à bord. Sensation étrange. À grand renfort de photos et de traductions, le contrôleur vient à ma rencontre et m’informe que le train n’ira pas plus loin, pour cause de voies inondées. Je dégaine mon téléphone et via Google Traduction, je lui dis : et moi, je fais quoi ?

Après s’être concerté avec ses collègues, le contrôleur prend ma (lourde) valise et me fait signe de le suivre. Quelques minutes après, il m’entasse (littéralement) dans un tuktuk avec dix thaïlandais, direction je ne sais où. Je demande aux autres passagers où nous allons, mais je n’obtiens aucune réponse. La situation les fait sourire, et je me mets à sourire moi aussi. C’est dans ces moments-là qu’il faut avoir confiance.

45 minutes plus tard, le tuktuk s’arrête devant une autre gare. Je comprends que nous venons de contourner le tronçon inondé de la voie ferrée. Deux heures plus tard, une jeune thaïlandaise prend ma main et m’offre un sachet de goyave. Nous montons dans un autre train qui se rend à Surat Thani. Mon inquiétude s’est dissipée.

Bilan de cette journée de trajet Hat Yai / Surat Thani / Koh Samui (de 6 heures du matin à 9 heures du soir) : 2 trains, 1 tuktuk, 1 ferry, 1 minivan et 3 taxis. Et un immense soulagement.

Le surlendemain, j’apprends que tous les trajets en bus, train et avion au départ de Hat Yai ont été interrompus.

À Hat Yai, les inondations durent près de deux semaines. Dans le meilleur des cas, les gens se retrouvent bloqués à l’aéroport, qui se situe en hauteur. Dans le pire des cas, cernés par la montée des eaux, ils s’efforcent de ne pas mourir noyés, épuisés sur le toit de leurs maisons ou électrocutés au sommet d’un poteau électrique. Car à Hat Yai, ville située dans une cuvette, la montée des eaux atteint en moyenne 4 mètres de hauteur (8 mètres dans les zones les plus touchées). Dans une situation aussi désespérée, même les poteaux électriques semblent pouvoir servir de refuge…

Je remercie la vie, mon intuition, Kurt, ainsi que mon amoureux Zach de m’avoir permis d’échapper à cette tragédie.

Sud de la Thaïlande : Koh Samui, Koh Phangan et Koh Tao

Koh Samui

Un peu sonnée par les événements, je me repose quelques jours à Koh Samui, où Zach vient me rejoindre. Nous retrouvons ma jeune amie Clémentine, rencontrée quelques semaines plus tôt en Malaisie.

Malgré une météo franchement mauvaise, en raison des inondations qui ravagent le continent, nous pouvons nous estimer heureux de n’avoir ici que du vent et de la pluie. Et cela ne nous empêche pas de passer de bons moments ensemble.

Koh Samui est une île très touristique et construite. On y trouve de nombreux resorts sur le front de mer; on ne va pas se mentir, ce n’est pas ce que je préfère. Malgré tout, à la nuit tombée, la magie opère.

Depuis octobre 2025, la Thaïlande est en deuil et pleure sa reine mère (voir photo).

C’est également à Koh Samui que je reçois mes premiers massages thaïlandais (oui, la masseuse est debout sur moi !).

Koh Phangan

Koh Phangan, notre petit paradis. Un mois de bonheur insulaire.

Zach me rend visite à deux reprises, et nous passons de merveilleux moments dans une petite maison de village en pleine jungle, à vingt minutes à pied de notre chère plage de Baan Tai où nous nous rendons chaque après-midi pour nous baigner et admirer le coucher du soleil.

Par ailleurs, grâce aux conseils et au soutien de deux couples de motards belges (très sympas !), je conduis un scooter pour la première fois de ma vie !

Et à Koh Phangan, cela vaut vraiment le coup, car l’intérieur de l’île mérite d’être visité. Verdoyant, sauvage, intemporel. Sans compter les innombrables petites criques et longues plages de sable. Et de très beaux points de vue qui se méritent (personnes sujettes au vertige, s’abstenir !).

À Koh Phangan, le quotidien suit paisiblement son cours, à l’exception de deux ou trois jours par mois, lorsque la Full Moon Party de la plage de Haad Rin attire les fêtards du monde entier !

Comme « je ne veux pas mourir idiote » (en général), hé bien j’y vais, juste pour voir. Je n’y retournerai probablement pas, mais je suis contente d’avoir vécu, une fois dans ma vie, cette expérience de fête géante sur une plage immense. Merci à Alix, jeune voyageuse québécoise toute mignonne, de m’avoir accompagnée !

La mer, la mer et encore la mer…

Baan Tai (pour la baignade), mais aussi Chaloklum et les plages du nord (pour le snorkeling).

J’apprécie cette douce vie insulaire, où tout semble si simple, réduit à l’essentiel.

Koh Tao et alentours

Avec le formidable Antoine, moniteur francophone très compétent et sympa, je fais deux plongées à Sail Rock, connu pour être le meilleur spot du golfe de Thaïlande. Sail Rock est un gros rocher au milieu de la mer, situé entre Koh Tao et Koh Phangan. Ce rocher attire toute la faune environnante. J’y vois des forêts d’anémones de toutes les couleurs et d’énormes bancs de poissons. Les plus chanceux y verront peut-être un requin baleine.

Je participe également à une excursion d’une journée de snorkeling à Koh Tao. De très jolis poissons un peu partout, mais côté coraux, ça « pêche » un peu (haha). En revanche, j’ai la chance de voir deux raies pastenagues à tâches bleues.

Lighthouse Pinnacle, où des raies pastenagues se promènent allègrement entre les touristes.

Côté terrestre, le point de vue de Nang Yuan est tout à fait remarquable, avec ses bandes de sable blanc reliant les îlots. Et ce bleu !

Parc national d’Ang Thong

L’un des plus beaux paysages marins qu’il m’ait été donné de voir en quatre ans de voyage.

La définition même du paysage de carte postale !

L’unique façon de visiter le Parc national d’Ang Thong est de participer à une excursion d’une journée au départ de Koh Phangan ou de Koh Samui. S’il ne fallait faire qu’une seule excursion au sud de la Thaïlande, ce serait peut-être celle-là !

Nord et centre de la Thaïlande : de Chiang Mai à Bangkok

En février 2026, deux mois après mon séjour dans le sud de la Thaïlande, je retourne dans ce pays. Adieu les plages : me revoilà en quête de montagnes, d’anciennes cités royales et de temples.

Chiang Mai

Haut lieu du nomadisme digital, Chiang Mai est une assez grande ville où se croisent et se côtoient les nomades digitaux du monde entier (bref, les gens comme moi).

J’y retrouve un certain nombre d’amis et de connaissances, nomades digitaux ou backpackers que j’ai connus un peu partout dans le monde : Neşen et Kamran (rencontrés à Bansko, Bulgarie), Jad (ami d’amis de Dahab, Égypte), Kay (rencontrée au Kirghizistan), etc.

J’y fais également de nouvelles rencontres, par exemple Jullian ou encore Asma (que je reverrai au Vietnam).

On ne va pas à Chiang Mai en quête de plage, ou même de nature (car il faut bien l’admettre, les montagnes sont assez loin du centre-ville). Mais à Chiang Mai, il fait bon vivre : on y mange bien, la scène culturelle est intéressante (notamment les concerts), les galeries d’art sont originales (ne ratez pas le musée des « relations brisées ») et la vie nocturne est bouillonnante (avec de nombreux marchés nocturnes).

Mention spéciale à deux types de divertissements typiquement thaïlandais : les spectacles de drag queen et les combats de muay thaï.

Mais le plus remarquable, à Chiang Mai, c’est l’architecture. Les temples rivalisent de beauté et d’originalité, avec une grande diversité de matériaux et d’ornements : temple noir, temple argenté, temple doré, temple d’ivoire, temple de pierre sur la colline (accessible via l’unique randonnée relativement proche du centre-ville)…

… avec parfois, des choix décoratifs surprenants à l’intérieur des temples.

Même si les trottoirs sont largement inexistants à Chiang Mai (comme dans presque toute la Thaïlande), les rues du vieux centre sont assez jolies.

Sur la première photo, la résidence dans laquelle je loge pendant un mois. La piscine et la petite salle de sport (au fond) sont parfaites pour sympathiser avec de nombreux voisins nomades ou expats.

Enfin, c’est dans les montagnes de Chiang Mai que je visite, pour la première fois, un sanctuaire éthique de protection des éléphants. Une journée magique !

Sukhothai

Mon premier coup de cœur « archéo » en Thaïlande !

Ancienne capitale du royaume de Sukhothai, le parc historique de Sukhothai est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. S’y rendre en scooter par la voie cyclable qui longe la rivière est particulièrement agréable !

Le soir venu, les habitants de Sukhothai me réservent une jolie surprise, à savoir les célébrations du nouvel an chinois, (très) en retard, mais avec quelle ferveur !

Sur la dernière photo, je tente de récupérer mon scooter (celui avec le capuchon vert), mais cela s’annonce compliqué…

Ayutthaya

Mon second coup de cœur « archéo » en Thaïlande !

J’adore le fait que le parc historique se situe en plein cœur de la ville moderne (pas comme à Sukhothai) et soit parfaitement intégré au paysage urbain. Grâce à un savant éclairage (de très bon goût), les promenades nocturnes sont si féeriques !

Bangkok

Pour finir ce périple en beauté, aucun voyage en Thaïlande ne serait complet sans sa capitale, Bangkok la bouillonnante.

Ce qui me frappe le plus à Bangkok, c’est (une nouvelle fois, en Thaïlande) la beauté de ses monuments. En particulier, celle du complexe du « palais royal » (où le roi ne vit pas).

Par ailleurs, s’il n’y avait qu’un seul musée à visiter en Thaïlande, ce serait le musée archéologique de Bangkok, sans hésitation. Tous les trésors de la civilisation thaïe y sont, toutes époques confondues.

Et c’est ainsi que se termine mon séjour de deux mois et demi en Thaïlande.

Thaïlande, tu n’es pas mon pays préféré, mais je ne suis pas indifférente à tes charmes, à tes excentricités et à tes excès. Tu es définitivement un pays à part.

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