La Bretagne en voilier

10 jours de navigation en baie de Quiberon [Mai 2021]

  • Houat
  • Hoëdic
  • Belle-Île-en-Mer
  • Presqu’île de Quiberon
  • Golfe du Morbihan : île aux Moines, île d’Arz

Le récit complet

Jour 1 – Le Crouesty

À peine au Crouesty, hop, nous voilà déjà partis ! La météo n’est pas engageante : vent fort et rafales, grosse couverture nuageuse et thermomètre en berne. Mais rien ne vient entraver mon envie de naviguer. Je me familiarise rapidement avec le voilier, un Oceanis 400 à la coque émeraude qui ressemble fortement au voilier sur lequel j’ai navigué en Croatie. Je prends la barre et retrouve mes repères. La voile, c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas !

Après trois heures de navigation au près, nous atteignons le mouillage en face de l’île de Houat. C’est le seul endroit où le relief de l’île pourra nous protéger (quelque peu) de la houle. André, le skipper, nous avertit que le bateau risque de rouler pendant la nuit. Qu’importe, la houle nous bercera !

Jour 2 – Houat

Avec mon amie Gaëlle, nous allons à terre pour faire le tour de l’île de Houat à pied. 15 kilomètres de bonheur ! Les genêts sont en fête et illuminent la lande.

Le bourg a des allures de carte postale : petites maisons mitoyennes en pierre blanche et aux toits d’ardoise. Les bacs à fleurs colorent les ruelles. Houat est un régal pour les yeux : de superbes petites criques cachées, des forteresses Vauban, d’immenses plages de sable fin, l’océan.

Puis nous faisons une courte navigation de Houat à Hoëdic. Joli petit mouillage pittoresque. Apéro sur le pont avec magnifique coucher de soleil sur les rochers.

Jour 3 – Hoëdic

Le matin, tour de l’île de Hoëdic avec Gaëlle. La lande est encore plus sauvage qu’à Houat, toutes les maisons étant concentrées dans le bourg. Un temps couvert mais lumineux donne à ces paysages, de dune et de lande, une atmosphère contemplative et recueillie. Le bruit des vagues et le souffle du vent m’apaisent. Un véritable paradis d’ermite !

Le bourg est, lui aussi, charmant et authentique : pas de bitume, pas de routes, pas de voitures. L’herbe pousse librement, les fleurs foisonnent.

De retour sur le voilier, nous entamons une navigation stimulante et très formatrice entre Hoëdic et Belle-Île. Dans un premier temps, pétole (pas de vent) entre Hoëdic et la presqu’île de Quiberon : nous naviguons au travers et progressons à un train de sénateur (3 nœuds). Mais après avoir dépassé la presqu’île, protection naturelle avant la haute mer, nous nous retrouvons fouettés par les rafales et ballottés par la houle ! Nous filons au près, au rythme sportif de 7 nœuds. Je m’éclate à la barre ! Toutefois, je me cramponne de peur de perdre l’équilibre car la gîte est impressionnante !

L’arrivée sur Belle-Île est de toute beauté : des rayons de soleil percent à travers un ciel menaçant.

Jour 4 – Belle-Île

Matinée farniente au superbe mouillage de Port Guen : un amphithéâtre de verdure et de falaises. De beaux cumulus, une belle lumière, la paix !

Avec Gaëlle, nous parcourons le GR34 entre Port Guen, Le Palais et Sauzon, soit 19 kilomètres de marche. Belle-Île « la bien nommée » : sa géologie surprenante (unique île volcanique de la région), sa végétation luxuriante, ses maisons bicolores, ses jolis ports ornés de forteresses Vauban.

Le Palais et Sauzon me plaisent beaucoup. Malheureusement, je n’ai pas l’occasion de parcourir le GR34 sur le reste de l’île (en tout, 80 kilomètres de sentier). Belle-Île la bien nommée a un goût de reviens-y !

Jour 5 – Presqu’île de Quiberon

Aujourd’hui, un vent fort est prévu : la prudence est de mise. Nous partons de bonne heure afin d’aller nous abriter en baie de Quiberon, derrière la presqu’île. La première partie de la navigation est sportive : 30 nœuds de vent, vent arrière. Les vagues qui soulèvent le bateau sont impressionnantes.

Une fois le phare de la Teignouse franchi, ce n’est plus la même navigation : les vagues s’aplatissent, la houle cesse complètement. Quel meilleur moyen d’expérimenter le refuge naturel qu’est la baie de Quiberon ! Nous amarrons le voilier à Port Haliguen.

Dernière balade avec Gaëlle, qui débarque ici. Nous parcourons la presqu’île : bourg de Saint-Pierre Quiberon, Portivy, côte sauvage. Des paysages à couper le souffle ! Mention particulière à la plage de Port Blanc vue depuis la pointe du Percho : d’énormes rouleaux viennent se fracasser sur les falaises, générant des cascades d’écume spectaculaires. On comprend que ce soit un spot prisé des surfeurs !

Jour 6 – Le Crouesty

Aujourd’hui, nous rentrons au port du Crouesty pour récupérer les nouveaux équipiers. Nous naviguons au près par vent fort et beaux grains. Je barre avec la pluie latérale qui s’abat sur mes yeux, je n’y vois goutte ! Avec les grosses vagues qui soulèvent le bateau et l’énorme gîte, je cale ma jambe pour ne pas perdre l’équilibre. Je fais tout ce que je peux pour éviter de passer par-dessus bord, tout en « négociant » les vagues, comme on négocierait des virages à bord d’une voiture. Le plus difficile est de garder à la fois le cap et l’allure. C’est physiquement épuisant, j’ai le genou gauche (bâbord) en compote ! Quelques beaux rouleaux éclaboussent le cockpit, j’en sors recouverte d’écume mais tiens bon la barre.

Juste dessous le grain, comme si quelqu’un avait éteint le ventilateur, le bateau s’immobilise brutalement. Nous sommes dans l’œil du cyclone… Puis le vent repart en s’intensifiant, et nous avec. Après avoir dépassé les Méaban (des rochers qu’on finit par bien connaître à force de passer devant quelque soit le chemin) et l’entrée du golfe du Morbihan, nous virons de bord dans le chenal. D’ennemies, les vagues deviennent des alliées : ayant cessé de lutter contre elles, nous nous laissons porter docilement et entrons paisiblement dans le port du Crouesty.

En milieu d’après-midi, je pars me balader du côté de Port Navalo. Je retrouve l’entrée du golfe du Morbihan et les paysages aperçus ce matin mais je ne reconnais rien, hormis un petit bosquet qui m’avait servi de repère lors du virement de bord. Vus de la terre ou de la mer, les paysages de Bretagne sont totalement différents !

Jour 7 – Houat / Île aux Moines

Le nouvel équipage est au complet. Nous quittons Le Crouesty aux alentours de 11 heures afin d’aller mouiller à Houat pour le déjeuner. Nous devons attendre que cesse le défilé de voiliers avant de sortir du port. En ce début de weekend de l’Ascension et malgré une météo défavorable, il y a un monde fou sur l’eau ! Nous naviguons au près, tranquillement et joyeusement, jusqu’à la grande plage située à l’est de Houat. Quelques timides rayons de soleil nous réchauffent lors du déjeuner sur le pont.

L’après-midi, nous quittons Houat, traversons la baie de nouveau, et laissons le port du Crouesty à tribord afin d’entrer dans le Golfe du Morbihan. L’entrée se fait avec Locmariaquer à bâbord, Port Navalo à tribord. Il n’est possible d’entrer dans le Golfe qu’à marée montante, car le Golfe est comme un évier qui tantôt se remplit, tantôt se vide. Il s’agit d’attendre et de respecter le sens naturel de circulation imposé par la marée.

Je barre en direction de l’île Longue, puis de l’île aux Moines. Le courant nous fait avancer à 10 nœuds, sans aucun effort : c’est impressionnant ! Je ne sens pas du tout la vitesse en raison du courant. Un dériveur s’approche, passe devant notre étrave et dévente. Il s’arrête net, juste devant le voilier ! Nous manquons de peu l’accrochage… Le Golfe est très fréquenté, ce qui en fait un terrain de voile instructif mais également dangereux ! Y naviguer requiert une vigilance toute particulière.

Nous mouillons à l’île aux Moines et dégustons l’apéro sur le ponton flottant. Les pêcheurs de l’équipage sortent leur attirail mais ne prennent finalement que des algues. Ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on va manger de la daurade !

Jour 8 – Belle-Île / Le Crouesty

Nous quittons l’île aux Moines après une petite crêpe à l’embarcadère. Je barre au bon plein dans le Golfe, direction… la sortie ! L’évier se vide à marée descendante, c’est pourquoi tous les bateaux vont dans le même sens. D’où les embouteillages ! Je reste vigilante pour ne pas me laisser surprendre par les 4 nœuds de courant. Avec la dérive, le bateau avance en crabe. Et les obstacles sont si nombreux sur l’eau ! Nous filons à toute allure : 12 nœuds sans même sentir la vitesse. Un vrai tapis roulant… la magie des courants !

Nous quittons le Golfe, traversons la baie de Quiberon, passons le phare de la Teignouse et arrivons le nez dans les rouleaux. Tous les membres de l’équipage s’amusent ! Nous mouillons à Belle-Île pour le déjeuner.

Vers 15h30, nous reprenons la mer. J’expérimente une nouvelle allure à la barre : largue (120°). Le bateau tangue, tel un landau, ce qui endort les équipiers. Nous passons de nouveau devant le phare de la Teignouse et rentrons nous abriter au Crouesty. Puisque la météo prévoit 30 nœuds de vent sud cette nuit, le choix du mouillage est ultra stratégique. Dans l’espoir de passer une bonne nuit, nous jouons la carte de la sécurité.

Jour 9 – Île aux Moines

En voilier, on ne choisit pas ses horaires. Ce sont le vent et les courants qui choisissent pour nous. Une grande leçon d’humilité ! Nous attendons la marée montante du début d’après-midi pour nous aventurer dans le Golfe.

Le vent à la direction instable souffle par violentes rafales. Nous naviguons vent arrière, mais cette allure est délicate à tenir… Le Golfe est décidément un terrain de voile très formateur. Pas étonnant que l’école de voile des Glénans ait installé une de ses bases nautiques sur l’île d’Arz !

Nous mouillons de nouveau à l’embarcadère de l’île aux Moines. Cette fois-ci, j’en profite pour faire le tour de l’île à pied. L’île aux Moines a une drôle de forme de croix. Je contemple la douceur des paysages du Golfe : les arbres sont paisibles, les plages désertes et les prés silencieux. Au centre de l’île, les maisons colorées étalent leurs pierres, leurs toits d’ardoise, leurs bicyclettes. Des dolmens fleurissent dans les jardins. L’ensemble ne manque pas de charme !

Jour 10 – Île d’Arz / Le Crouesty

Il y a chaque jour de plus en plus de vent. C’est exceptionnel pour un mois de mai en Bretagne sud. Aujourd’hui, il y a tellement de vent dans le Golfe que nous sommes contraints de naviguer au moteur afin de ne pas perdre le contrôle du bateau. Le courant est si puissant que lorsque nous tentons de lui faire face, nous n’y parvenons pas, même au moteur !

En longeant la côte est de l’île aux Moines, nous apercevons l’île d’Arz. Je contemple longuement cette apparition : une bande de terre, des arbres et un clocher posés sur l’eau, à peine émergés et baignés d’une lumière toute hollandaise. Je vois une marine de Ruysdael ou un dessin de Rembrandt. Ici, comme à Venise, la terre semble être en sursis, sur le fil du rasoir.

Après avoir hissé un peu de toile à la sortie du Golfe et effectué quelques virements de bord sous une pluie battante, « juste pour le fun » (dixit les membres de l’équipage), la navigation s’achève au port du Crouesty.

Deux équipiers ont la gentillesse de me déposer à Sarzeau. Avant de repartir en itinérance sur le GR34, je m’offre une balade jusqu’à Séné, commune limitrophe de Vannes où je prendrai le train demain matin pour Concarneau. Je marche de Sarzeau à Saint-Armel, en longeant des marais de toute beauté (toujours dans une lumière hollandaise).

Au lieu-dit « Le Passage », je m’attends à trouver une passerelle qui me permettra de franchir le bras de mer, comme indiqué sur ma carte. Hélas, il n’en est rien : les pointillés de la carte correspondent en fait à un « passeur », supposé transporter les gens dans sa barque. Le dimanche soir à 19 heures, évidemment, il n’y a personne : rien que du vent, la marée montante et l’impossibilité de passer. C’est rageant car ma destination, Séné, se trouve à quelques centaines de mètres, juste en face.

Au vu des circonvolutions du Golfe, j’estime le détour par la terre à une quinzaine de bornes ! Découragée et lasse, je rebrousse chemin. J’interpelle un homme qui sort de sa maison, ses clés de voiture à la main. Il accepte gentiment de me conduire jusqu’à un rond-point où les auto-stoppeurs tentent souvent leur chance. Malheureusement, il ne peut me rapprocher davantage car il doit aller chercher ses enfants dans la direction opposée. Je me place à l’entrée du rond-point et lève le pouce une dizaine de minutes, sans succès. Je change donc d’emplacement et me positionne à la sortie du rond-point.

Après un certain nombre de refus, une voiture s’arrête et accepte de me déposer à mon lieu d’hébergement. Il s’agit d’un couple de jeunes gens d’une vingtaine d’années, qui m’ont prise en pitié alors que je tentais vainement d’arrêter les voitures avec mon pouce. Ils m’expliquent qu’en tant que jeunes conducteurs, ils ont souvent fait du stop : ils savent donc qu’il est psychologiquement difficile d’encaisser de nombreux refus. Je les remercie pour leur gentillesse, en leur disant : tant qu’il y a des gens pour prendre les auto-stoppeurs, il y a de l’espoir pour l’humanité !

La suite de mon périple breton de mai 2021 : 8 jours de randonnée itinérante sur le GR34, de Concarneau à Auray.

Articles similaires

2 réponses à « La Bretagne en voilier »

  1. Avatar de Luc
    Luc

    Passionnant, toujours très bien écrit, on s’y croirait et en plus on est au sec !
    Les photos sont très belles.

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Sébastien
    Sébastien

    L’Île d’Arz, l’Île aux moines … j’y suis allé pendant mon enfance. Merci pour ce voyage en amnésie.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire