Road-trip au Laos

Année 4 : Asie du Sud-Est

1 mois [Janvier 2026]

Don Det (les « 4 000 îles »)

L’arrivée au Laos par voie terrestre depuis le Cambodge est une expérience en soi.

À la frontière, des douaniers réclament 2 $ pour « frais de dossier » afin d’arrondir leurs fins de mois. Dans la file, un couple de Français qui proteste contre cette mesure illégale devra attendre plus d’une heure avant qu’on leur restitue leur passeport.

Il faut également veiller à avoir sur soi une photo d’identité papier, sous peine de voir les « délais de traitement » considérablement rallongés.

Après une courte traversée en bateau depuis un village non loin du poste-frontière, ça y est, me voici à Don Det.

Paradis des piétons et des cyclistes, Don Det a banni les voitures de sa circulation. Les seuls véhicules motorisés sont les tuktuks et les scooters, moins nombreux qu’ailleurs au Laos. L’activité recommandée est de louer un vélo pour explorer l’île.

Il est possible de se rendre sur l’île voisine de Don Khon en traversant un ancien pont français. Si Don Khon est plus paisible, elle est également plus ouverte à la circulation automobile. Ce qui fait que dans l’ensemble, je préfère pédaler à Don Det.

Sur les 4 000 îles de cette partie du Mékong (dont Don Det et Don Khon sont les plus importantes), le confort est spartiate. Bungalow avec ventilateur, pas de climatisation, pas d’eau courante, parfois pas de chasse d’eau et douche au seau. Ce n’est pas pour me déranger, mais il est important de le savoir avant de s’y rendre.

Hormis la location de vélo et la descente de la rivière en kayak (pour les plus motivés), l’activité phare de Don Det est de chiller, autrement dit de paresser sans rien faire. Repos et dépaysement assurés !

Sur les 4 000 îles, les couchers de soleil sont légendaires. Les plus beaux que j’ai vus au Laos (avec ceux de Nong Khiaw).

Paksé

Centre-ville

Paksé est le point de départ de la célèbre « boucle des Bolovens » ou « boucle de Paksé », itinéraire à moto qui se fait en 2 à 4 jours. Depuis Paksé, l’excursion à la journée vers Champassak est également connue (cf. infra). Mais les touristes boudent généralement le centre-ville de Paksé, considérant cette ville comme un lieu de passage plutôt que comme un lieu de visite. Pourtant, certains temples valent la peine d’être vus, et la promenade au bord du Mékong est agréable.

Sans compter l’excellente boulangerie française La Boulange dont le propriétaire, un Français très sympathique, m’a confectionné de délicieux sandwiches au camembert avant mon périple à moto.

Pour la location de moto, comme tout le monde, je recommande Yves le Belge chez Miss Noy, et son excellent topo à 18 heures tous les jours.

Champassak

Situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Paksé, le site archéologique de Champassak, remarquablement préservé, évoque la grandeur passée de la civilisation khmer.

Complexe de temples pré-angkoriens construits à flanc de montagne, Vat Phou est classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Je me rends ensuite sur les berges du Mékong, dans le « cœur de village » de Champassak aux façades défraîchies de l’époque coloniale, pour un déjeuner en bonne compagnie : deux Belges et une Française, Amandine, qui parcourt l’Asie du Sud-Est pendant 6 mois. Le Laos est son tout premier pays. Moment d’émotion !

Plateau des Bolovens (boucle de 4 jours à moto)

Jour 1 – Tad Lo

Après deux heures de mise en jambe sur une route relativement propre, j’arrive chez Mister Vieng, le propriétaire du Coffee Homestay. En plus d’offrir le gîte et le couvert aux voyageurs qui désirent y passer la nuit, il organise des tours de sa plantation de café, trois fois par jour, pour un prix modique.

Un tour très intéressant qui m’en apprend beaucoup sur les différentes variétés de café, les conditions de culture du café et d’autres plantes. Je mange même quelques fourmis « fraîchement cueillies » et élégamment proposées par l’hôte (cf. photos). Ces fourmis sont jaunes et leur saveur est légèrement citronnée. Coïncidence ?

Mister Vieng parle un peu français et mémorise toutes les expressions et blagues françaises que les touristes lui enseignent. Je n’aurais pas pensé qu’un Laotien puisse me dire « En avant Guingamp ». Sacré personnage !

Je reprends la route et me rends à la cascade de Tad Lo pour y admirer le coucher du soleil. Un moment magique !

Je passe la nuit chez Mama (que tout le monde connaît, semble-t-il) de la chambre d’hôtes Mama Pap (cf. photo), qui fait des pancakes pantagruéliques. Un autre sacré personnage !

Jour 2 – Sekong

Prochain arrêt sur la boucle : le micro-village d’une ethnie minoritaire présenté par un sacré personnage (encore un !), Mister Hook.

Mister Hook parle très bien anglais et organise un tour passionnant de son micro-village, qu’il a quitté pendant quelques années pour mieux y revenir. Les voyageurs peuvent y déguster une excellente cuisine maison et loger au homestay.

J’enfourche ensuite ma moto pour admirer les paysages de l’extra-loop. Le plus beau point de vue de cette petite boucle se trouve vers la fin du parcours.

Je roule enfin jusqu’à un hameau excentré de Sekong pour passer la nuit au Anong Homestay.

Jour 3 – Tad Tayicseua

Anong, le propriétaire de la chambre d’hôtes (à contacter par Whatsapp), est probablement, sur le plan humain, la plus belle rencontre que j’ai faite au Laos. Désireux de partager son savoir, de découvrir d’autres points de vue et de progresser en anglais, Anong se révèle être une source d’information inépuisable sur la culture lao et le mode de vie des Laotiens.

Anong m’a même emmenée sur les bords de la rivière où les orpailleurs (ou plutôt les orpailleuses) cherchent de l’or avec les moyens du bord (cf. dernière photo).

Je serais bien restée à discuter plus longtemps avec Anong, mais j’ai de la route à faire. Mon objectif du jour est la sublime cascade Tad Tayicseua, accessible depuis une mauvaise route de terre d’environ 10 kilomètres de long.

Je quitte la route goudronnée et je m’attaque aux 10 kilomètres de mauvaise route. Les nids-de-poule sont tellement énormes qu’on dirait des cratères ou des impacts de météorite. C’est si impressionnant que j’en perds l’équilibre et chute sur le bas côté. Rien de grave, juste quelques égratignures : c’est le métier qui rentre.

À présent, vous êtes avertis. Conduire une moto au Laos, ce n’est pas comme au Vietnam ou en Thaïlande. Les nids-de-poule sont légion, même sur les routes goudronnées. Cela requiert une vigilance de tous les instants !

J’arrive enfin à la cascade tant désirée, et cela en valait la peine. Tad Tayicseua et sa jungle environnante : selon moi, le plus beau paysage de toute la boucle des Bolovens.

Après ma chute, je décide de me reposer en passant la nuit aux bungalows de la cascade. Je ne recommande pas du tout ces bungalows. Passez plutôt votre chemin et dormez un peu plus loin. Près du croisement entre la route de terre et la route principale, vous trouverez facilement des chambres d’hôtes, en meilleur état et moins chères.

Jour 4 – Les « 4 sœurs »

Les cascades situées près de Paksé, à la fin de la boucle des Bolovens, sont surnommées les 4 Sisters (« 4 sœurs »). Au moment où je m’y trouve, seules trois d’entre elles sont ouvertes à la visite.

De haut en bas et de gauche à droite : Tad Gneuang (photo n°1, la plus belle et la plus touristique), Tad Champee (photo n°2, la plus intimiste) et Tad Fane (photos n°3 et 4, la plus haute cascade du Laos).

Ainsi s’achèvent ces 4 jours sur la boucle des Bolovens, un très beau périple que je recommande aux amoureux de café (ce qui n’est pas mon cas !), de cascades et d’échanges avec les locaux. En revanche, si vous cherchez du confort, passez votre chemin.

Vientiane

Certains voyageurs m’ont conseillé de ne pas m’attarder dans la capitale du Laos, et nombreux sont ceux qui ne s’y arrêtent même pas. Mais j’ai l’esprit de contradiction, et je connais mon propre goût pour l’architecture coloniale et bouddhiste, la culture lao et… la cuisine française !

Selon moi, Vientiane est une destination largement sous-estimée qui réserve de très belles surprises. Et c’est un régal pour mes papilles nostalgiques, en manque de nourriture française ! Les nombreux bistrots tenus par des Français sont excellents, car Vientiane possède une importante communauté d’expatriés français.

L’architecture coloniale est remarquablement préservée à Vientiane, en particulier s’agissant d’une capitale.

Fait étonnant, le monument iconique de Vientiane est le Patuxai (Arc de Triomphe, cf. deux premières photos), sorte d’ultime pied de nez à la France coloniale : de loin, il ressemble à l’Arc de Triomphe de Paris, mais de près, la décoration est 100 % laotienne. Le Patuxai a été construit après l’indépendance pour rendre hommage aux combattants ayant lutté contre la domination française.

Et vivent les croissants… les vrais croissants français ! (comment ça, je me répète ?)

Si vous avez du temps à tuer, le Buddha Park de Vientiane, situé à une petite heure de bus (n° 14) du centre-ville, est une curiosité : créé par un original, le résultat est original. C’est un lieu prisé des habitants de Vientiane pour leur pique-nique dominical.

Vang Vieng

Longtemps considéré comme la plaque tournante des backpackers au Laos, le village de Vang Vieng a vu sa réputation ternie par le décès dramatique, en novembre 2024, de six jeunes backpackers occidentaux ayant consommé de l’alcool frelaté qui leur avait été offert par leur auberge de jeunesse. Ce que j’en retiens, au-delà du drame, c’est qu’il ne faut jamais consommer d’alcool dont on ne connaît pas la provenance.

Suite à cet événement tragique, Vang Vieng a essayé de transformer son image et de toucher un nouveau public, à savoir les vacanciers chinois de la classe moyenne qui peuvent désormais se rendre à Luang Prabang, Vang Vieng et Vientiane en train à grande vitesse, depuis la ville chinoise de Kunming (Yunnan) grâce à la compagnie ferroviaire Laos China Railway.

Est-ce une transformation positive ou négative pour Vang Vieng ? Le temps nous le dira. En attendant, les rues sont calmes le soir. Mais j’y ai quand même retrouvé ou rencontré des backpackers intéressants, en particulier ma brochette d’aventurières : de droite à gauche, Kay (ma vieille complice du Kirghizistan), Emma (une Française en voyage pendant 6 mois), Jaime (une Hawaïenne adepte du voyage lent) et Jelica (une Canadienne en partance pour la Chine).

(Première photo : travailler au bord de la piscine, face aux montagnes, c’est sympa.)

À Vang Vieng, j’ai particulièrement apprécié mes virées à scooter sur la route qui forme une boucle autour des principaux points touristiques. Les paysages sont d’une grande beauté et la route est excellente (ce qui est rare, au Laos).

Parmi les incontournables, je recommande les deux randonnées menant à la grotte et au sommet de Phapoungkham (surnommé « point de vue avec l’avion »), ainsi qu’au sommet de Nam Xay (surnommé « point de vue avec la moto »). Plutôt pas au coucher du soleil, afin d’éviter la foule.

En revanche, j’ai moins aimé les blue lagoons, ces piscines naturelles très aménagées qui font le bonheur des vacanciers laotiens (et chinois ?). Un détour loin d’être indispensable. Fort heureusement, j’étais en bonne compagnie.

Luang Prabang

Luang Prabang, ville sublime au charme irréel. Selon moi, la plus belle ville d’architecture coloniale en Asie du Sud-Est (sans commune mesure !).

Partout où mes yeux se posent, c’est l’émerveillement. Chaque fleur, chaque arbre, chaque façade, chaque balcon semble me dire qu’ici, la beauté est reine.

Les temples rivalisent de splendeur et de finesse. Les mosaïques et les peintures sur les façades sont un véritable enchantement.

À l’heure dorée qui annonce le coucher du soleil, sur les rives du Mékong ou dans ses rues élégantes, Luang Prabang exhale toute la nostalgie d’un passé colonial qui assure désormais l’attractivité de son tourisme.

Si vous êtes de passage à Luang Prabang, je vous recommande la projection gratuite du film Chang (1925), merveille du cinéma muet qui démystifie la coexistence des humains et des grands animaux sauvages dans la jungle laotienne. Un film hollywoodien d’une modernité étonnante, quasi documentaire, par les réalisateurs du tout premier King Kong. Bref, un chef-d’œuvre !

Si vous parlez anglais, je vous conseille également de vous rendre au siège de l’association Big Brother Mouse, qui permet à de jeunes laotiens d’apprendre gratuitement l’anglais en conversant avec des anglophones. C’est ouvert tous les jours (de 9 h à 11 h et de 17 h à 19 h), c’est gratuit et si enrichissant ! L’équipe des volontaires organise un dîner après la session du soir, très agréable également.

Je n’ai pas pris de photos au siège de l’association Big Brother Mouse, car j’étais trop occupée à discuter avec de jeunes laotiens désireux d’apprendre l’anglais pour pouvoir travailler plus tard dans la tech ou dans le tourisme.

Nong Khiaw

Ma dernière étape au Laos, et non des moindres.

Nong Khiaw m’aura offert des trajets en bus d’un inconfort inégalé, une très belle rencontre (deux amis tibétains naturalisés américains) et d’inoubliables paysages, notamment au coucher du soleil.

Randonnées, promenades en bateau ou en kayak, baignades dans l’eau glacée des cascades, villages préservés…

Nong Khiaw, c’est tout cela et bien plus encore.

Ce mois au Laos m’aura donné envie d’explorer davantage un pays qui se mérite et de m’aventurer dans des régions plus reculées.

Mais ce sera pour une prochaine fois !

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