Année 2 : Équateur & Colombie
1 mois [Hiver 2023-24]
Bogotá la vibrante
À première vue, Bogotá a de faux airs de Quito : la cordillère des Andes, l’architecture coloniale. Ou encore l’urbanisme : l’opposition entre les quartiers riches du nord et les quartiers pauvres du sud, l’existence d’un quartier d’expatriés (Chapinero à Bogotá, la Carolina à Quito). Mais ce n’est qu’une première impression, car je me rends compte que j’ai changé d’univers. Quito est un beau décor de théâtre qui semble figé dans le temps, tandis que Bogotá est en transformation constante. 8 millions d’habitants, une capitale dynamique qui vit jour et nuit, et qui bouge à toute vitesse.

Le centre historique colonial, dénommé la Candelaria, est un quartier touristique qui n’a perdu ni son âme, ni sa vie locale. Il y règne une ambiance de village et de fête, où se mêlent habitants et touristes. La municipalité organise de nombreuses activités culturelles, notamment en fin de semaine. Je réside calle 12c, en plein centre de la Candelaria, face au marché de la Concordia. Après un mois et demi aux Galápagos, je mesure ma chance : quel luxe de pouvoir faire mes courses au marché en achetant des produits frais locaux !

Les Colombiens ont une incomparable joie de vivre. Tous les voyageurs le disent et je suis d’accord. La joie est partout ! Les gens se parlent, sourient et rient.
L’anonymat de Bogotá me plaît : personne ne m’observe, ne m’aborde, ni n’essaie de me vendre des babioles à tout bout de champ. Toutefois, la capitale est bruyante et bouillonnante, toute en vrombissement et en cacophonie. Amateurs de tranquillité, s’abstenir.









Effervescence culturelle
En quête d’art et de culture, j’ai trouvé le temps long à Quito, alors qu’à Bogotá j’ai vécu un mois d’euphorie complète !
Bogotá rivalise sans difficulté avec les grandes capitales européennes… les petits prix en prime. Bogotá est une sorte de Berlin latino, comme dirait Tet, guide de Beyond Colombia et street artist de renom qui, tout comme moi, a vécu à Berlin il y a une dizaine d’années.

Le Street Art : l’expression murale est à l’honneur. Il ne s’agit pas seulement d’une forme d’art, mais également d’un vecteur d’expression. Dans un pays longtemps garrotté et miné par les conflits, ce fut (et cela reste parfois) l’unique façon de s’exprimer sans peur. À ce sujet, je recommande deux free tours organisés par Beyond Colombia (en anglais uniquement) : « Guerre, narcotrafic et paix » et « Graffiti ».








Les musées : à l’origine, si j’ai décidé de passer un mois à Bogotá, c’est parce que je rêvais de visiter le Musée de l’or. Il s’agit du plus important musée d’Amérique latine en la matière, qui constitue également la réserve d’or de l’État colombien. À ma connaissance, c’est d’ailleurs l’unique État à fonctionner de la sorte. Le musée s’intitule officiellement Museo del Oro del Banco de la República.

Le Musée de l’or est, dit-on, le bâtiment le mieux surveillé d’Amérique latine. Une forteresse imprenable, bien que sa protection soit presque invisible. Chaque vitrine est dotée de dizaines de caméras ; des gardes sont postés dans tout le quartier, certains à trois rues du musée. Un guide m’a raconté qu’il y a quelques temps, lors d’une manifestation, un homme a jeté une pierre sur la façade en verre du musée. Non seulement la vitre ne s’est pas brisée, mais elle a également renvoyé la pierre à l’envoyeur. L’effet boomerang !





Au-delà du Musée de l’or, Bogotá offre un éventail de musées très riche, varié et passionnant. En un mois, j’ai eu l’occasion de visiter les musées suivants (et certains plusieurs fois) : le musée Botero, le musée de Bogotá, le musée national de Colombie, le musée d’archéologie, la maison de Simon Bolivar, le musée de l’Indépendance et le musée d’art moderne. Et j’en ai beaucoup d’autres sur ma liste !




















Sachez que la plupart des musées sont gratuits le mercredi après-midi et/ou le dernier dimanche du mois (voire tous les dimanches, comme c’est le cas du Musée de l’or). Il est possible de profiter des musées de Bogotá sans dépenser un peso ! D’ailleurs les habitants le savent, et les jours de gratuité, les musées sont très fréquentés. Je trouve émouvant cet enthousiasme pour la culture (qui ne se limite pas aux musées).
La Cinémathèque : Bogotá, paradis des cinéphiles ! Grâce à l’offre foisonnante de la Cinémathèque (dont les salles sont très confortables), je découvre avec bonheur le cinéma d’auteur colombien et vénézuélien. J’ai également la chance de voir, dans une salle comble, le dernier film de Wim Wenders, Perfect Days, hommage vibrant au maître japonais Yasujiro Ozu. Au passage, je vous recommande ce film qui est une vraie merveille.

La programmation fait saliver : 30 films colombiens et 30 films internationaux par mois, 7 à 8 séances par jour. Rares sont les capitales européennes qui peuvent rivaliser avec cette programmation de rêve. Étant donné le prix du billet (6000 COP = 1,5 €), il serait dommage de se priver ! Et le plus étonnant, c’est qu’à l’occasion des cinq séances de cinéma auxquelles j’ai assisté, la salle était remplie ! Les rolos (surnom des habitants de Bogotá) aiment décidément la culture.
Les conférences : de nombreux événements gratuits sont organisés tout au long de l’année. Comme d’habitude, je jette mon dévolu sur les conférences d’archéologie. L’unique moyen de découvrir des sujets dont on n’entend jamais parler en Europe. En l’occurrence : l’art rupestre des Muiscas dans les représentations picturales du XIXe siècle colombien. Ça ne s’invente pas !

Les librairies : le nombre et la variété des librairies à Bogotá est impressionnante. Et dire qu’à Quito, j’ai eu du mal à trouver une véritable librairie dans le centre… Trois lieux méritent particulièrement d’être mentionnés :
- la librairie Lerner, qui existe depuis plus de 50 ans;
- le centre culturel du livre, qui est en réalité un centre commercial dans lequel toutes les boutiques sont des librairies (je n’ai jamais vu une chose pareille);
- la librairie du Fondo de Cultura Económica (dans le centre culturel Garcia Marquez) qui, comme son nom ne l’indique pas, est une maison d’édition mexicaine, et la maison d’édition la plus prestigieuse d’Amérique latine.



La salsa : beaucoup disent que El Goce Pagano est le temple de la salsa à Bogotá. Je n’ai pas testé d’autres clubs de salsa, mais je dois dire que j’y ai passé l’une des meilleures soirées de ma vie. L’ambiance y est indescriptible, et la ferveur contagieuse. Un orchestre de salsa sur scène, des dizaines de couples qui dansent admirablement et qui connaissent toutes les chansons, dans une salle intime à taille humaine.
Mythes et réalité
Depuis quelques années, la situation à Bogotá s’est nettement améliorée. Ce n’est plus l’époque de la guerre des cartels. À ma grande surprise, je peux sans crainte me promener dans la Candelaria, de jour comme de nuit (ce que je ne pouvais pas faire à Quito). À toute heure, il y a du monde : les personnes alcoolisées représentent le principal danger. Bien sûr, je m’efforce de suivre les règles élémentaires de prudence : no dar papaya (éviter d’arborer des objets de valeur), suivre la foule, éviter de se retrouver seule dans une rue, etc.

Le Transmilenio, objet de fantasmes. Le réseau de transport public de Bogotá n’est pas si mal famé. Il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’un réseau de bus à grande vitesse, dont la fréquentation ressemble à celle du métro parisien (même un peu meilleure…). Il faut simplement être vigilant sur les quais et aux alentours des stations.
En revanche, bien que moins visibles, la misère et la violence sont encore là. En plein après-midi, lors d’une promenade dans la Candelaria, je vois un attroupement et je m’approche. Sur la chaussée, près d’un véhicule, un cadavre est recouvert d’un drap blanc. Je vois seulement ses pieds dressés et ses jambes raides. La police scientifique enquête, la rue est barrée. S’agit-il vraiment d’un accident de la route ?

Un autre après-midi, avant d’aller voir à la Cinémathèque La venderora de rosas de Victor Gaviria (un classique du cinéma colombien qui décrit la misère des enfants des rues dans les années 90 à Medellin), j’aperçois justement un groupe de dix fillettes des rues, errant et mendiant sur une grande avenue. J’ai beau savoir que ça existe, ça reste terrible à voir.
Pour s’éloigner du périmètre sécurisé de la Candelaria, lorsqu’on ne connaît pas bien la ville, mieux vaut prendre un Uber ou un taxi. Certains tronçons de rues, juste à côté des coins touristiques, peuvent être dangereux. Et c’est le genre d’information que seuls les locaux pourront vous donner; c’est d’ailleurs la première chose que je demande au chauffeur de taxi lorsque je débarque dans une ville.
Saveurs de Bogotá : la nourriture
En général, j’évite le sucre. Mais ici, il y a du sucre caché partout ! Les Colombiens ajoutent (encore plus que les Équatoriens) du sucre à tous les desserts : gâteaux, salades de fruits… Par ailleurs, les Colombiens adorent mélanger sucre et fromage. L’oblea en est l’exemple le plus représentatif. C’est bon, certes, mais très sucré.

Le problème, c’est que ce goût pour le sucre va au-delà des desserts. L’emblématique arepa de chocolo, qui ressemble visuellement à un snack salé au fromage, est en réalité un snack sucré. Dans les boulangeries, il est presque impossible de trouver du pain qui ne soit pas sucré, ou au fromage, ou les deux. J’avais déjà remarqué ce goût pour le sucre en Équateur, mais ici c’est beaucoup plus marqué. Il n’y a guère de pan de sal comme à Quito.
Heureusement, pour éviter les mauvaises surprises sucré-salé, il y a toujours la bonne vieille empanada ! Et le tamal est également délicieux. En Colombie et en Équateur, on aime mélanger les féculents : riz, maïs, frites et banane plantain dans la même assiette.

Une mention pour les amateurs de cacao pur : de nombreux producteurs locaux proposent de savoureuses tablettes de chocolat 100 %. Il s’agit souvent de projets de reconversion de terres agricoles auparavant consacrées au narcotrafic. Le chocolat de la marque Equiori est le meilleur que j’ai goûté jusqu’à présent. Fameux !

Parmi les meilleurs endroits où j’ai mangé, je recommande le marché de la Concordia, le marché de la Perseverancia, ainsi que le plus ancien restaurant du centre historique, la Puerta falsa.
Saveurs de Bogotá : le langage
A la orden, a la orden ! Voici ce qu’on entend dans toutes les rues et sur tous les marchés de Bogotá. Cette formule d’accroche indique que le commerçant est à votre disposition, à votre écoute, en un mot, « à vos ordres ». Curieux, non ? Il est également possible de l’utiliser pour dire « de rien, pas de quoi ». –Gracias! –A la orden. Encore plus curieux !

Mais ce que je trouve le plus savoureux, à Bogotá, ce sont les conversations avec les chauffeurs de taxi. Certains s’adressent à moi en utilisant le pronom personnel Su Merced. Littéralement, « Votre Grâce ». Cela donne lieu à des échanges hilarants, du genre : Votre Grâce est satisfaite de son séjour à Bogotá ? Ah, je vois, Votre Grâce a la chance de pouvoir travailler en ligne… Et moi de rigoler toute seule ! Au début, je ne comprenais même pas qu’ils s’adressaient à moi. Je pensais vraiment qu’ils parlaient de quelqu’un d’autre…

Un samedi sur les hauteurs
Le sentier qui mène au sanctuaire de Monserrate est à éviter pendant la semaine : lorsqu’il n’y a personne, cela peut être dangereux. Mais il est parfaitement sûr le weekend, en raison des nombreux policiers et des milliers de rolos qui entreprennent l’ascension (marcheurs, joggeurs…).





Après l’ascension (difficile, environ 500 D+ en pente raide), la récompense : le sanctuaire de Monserrate, ainsi qu’une vue imprenable sur Bogotá.

J’entre dans le sanctuaire de Monserrate à la fin de la bénédiction, juste à temps pour écouter le discours émouvant du prêtre : il y a trente ans, un monsieur a entrepris l’ascension du Monserrate afin de prier pour son fils qui allait se faire opérer d’un handicap physique. Trente ans plus tard, ce fils est là, devant nous, et c’est lui qui officie !




Monserrate est un lieu plein de charme et propose de nombreuses activités sportives et religieuses. C’est sans aucun doute le lieu de promenade favori des rolos les samedis et dimanches !
Excursions autour de Bogotá
Zipaquirá : pour son extraordinaire Cathédrale de sel, une vaste mine de sel dans laquelle des ouvriers fervents et courageux ont entrepris de construire un gigantesque lieu de culte souterrain. L’ensemble possède un cachet unique. J’ai été très émue par l’énergie et la spiritualité du lieu !




Également pour son magnifique centre-ville historique, car grâce aux mines de sel, Zipaquirá a été l’une des villes les plus riches du pays à la fin de l’époque coloniale. Un dimanche sur deux, un grand marché a lieu sur la place principale. C’est l’occasion de flâner, d’admirer et de se régaler !






Cascade de la Chorrera : la plus haute cascade de Colombie se trouve juste à côté de Bogotá, dans un magnifique écrin de montagnes verdoyantes. Peu de fréquentation en semaine, juste ce qu’il faut d’infrastructures, le lieu est préservé du tourisme de masse. La randonnée menant à la cascade est sublime, et pas si simple… Qui croit encore qu’il faut aller jusqu’à Medellin pour voir un peu de nature en Colombie ?






Fin
Plutôt qu’une fin, un début. Ville de culture, ville de nature, ville-monde, il me semble avoir trouvé la base parfaite pour mes futures explorations en Amérique latine.
Bogotá, je reviendrai. Bogotá, je t’attends.



Après la cordillère des Andes, cap sur la côte caraïbe !


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